La protection de la biodiversité, l’accès aux financements internationaux et la participation des communautés locales entre autres ont été au cœur des échanges entre deux observateurs haïtiens ayant pris part à la 17e Conférence des Parties (COP17) sur la biodiversité, organisée en Arménie.
Invités à l’émission Haïti Climat du jeudi 29 octobre 2026, RoodSam Jérôme et Angela Marie Liza Joseph ont partagé leurs observations sur les négociations internationales, les engagements d’Haïti et les responsabilités des différents acteurs dans la préservation du patrimoine naturel.

En effet, acteur engagé dans la gestion des déchets, la protection de l’environnement et la lutte contre les changements climatiques, RoodSam Jérôme a expliqué que cette édition de la COP constitue une étape importante dans l’évaluation des engagements pris par les États en 2022, au Canada, dans le cadre du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal. L’objectif consiste à mesurer les progrès accomplis, identifier les difficultés et déterminer les mesures nécessaires pour atteindre les objectifs de protection de la biodiversité fixés à l’horizon 2030.
Selon lui, les discussions portent principalement sur deux enjeux : le financement de la biodiversité et le partage équitable des avantages découlant de l’exploitation des ressources génétiques. Cette dernière question concerne notamment les contributions que les grands exploitants doivent apporter aux pays dont les ressources naturelles et génétiques sont utilisées.
Haïti réclame un accès plus facile aux financements internationaux
Dans son intervention du 28 octobre 2026, il affirme que la délégation haïtienne a insisté sur la nécessité de faciliter le décaissement des ressources financières destinées aux pays en développement.
RoodSam Jérôme souligne qu’Haïti dispose d’une richesse écologique qui mérite une attention particulière sur la scène internationale. Le pays possède plusieurs espèces endémiques, c’est-à-dire des espèces que l’on retrouve naturellement dans un territoire géographique limité.
« Haïti fait partie d’un groupe d’environ 30 pays qui possèdent des espèces qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Il est donc nécessaire de protéger ces espèces pour éviter leur disparition », a-t-il expliqué.
Il évoque notamment la protection des espèces animales, comme le zagouti, ainsi que des ressources végétales telles que le pin. Pour lui, la préservation de cette richesse naturelle doit devenir une priorité dans les politiques environnementales nationales.
Le représentant haïtien estime également que les promesses de financement annoncées par plusieurs pays doivent se traduire par des décaissements effectifs en faveur des États disposant de moins de ressources.
Il a notamment présenté deux démarches envisagées par Haïti autour des protocoles de Cartagena et de Nagoya. Le premier concerne la prévention des risques liés aux organismes vivants modifiés, tandis que le second encadre l’accès aux ressources génétiques et le partage juste et équitable des avantages découlant de leur utilisation.
Selon RoodSam Jérôme, l’avancement de ces démarches pourrait contribuer à renforcer les capacités du pays et à faciliter la mobilisation de ressources pour financer des projets de protection de la biodiversité.
Il a également identifié trois axes prioritaires pour Haïti : l’éducation environnementale, l’accès réel aux financements internationaux et le renforcement de la coopération régionale et internationale.
S’adressant à la population, il rappelle que la préservation de l’environnement ne relève pas uniquement de la responsabilité des autorités.
« Chaque geste compte dans la protection de la biodiversité », a-t-il insisté, invitant les citoyens à poser des actions concrètes en faveur de la préservation des ressources naturelles.
Angela Marie Liza Joseph plaide pour une plus grande participation des communautés locales
De son côté, Angela Marie Liza Joseph, jeune engagée dans la gestion environnementale et observatrice à la COP17 représentant la société civile, a partagé les enseignements tirés de sa participation à cette rencontre internationale.
Elle considère cette expérience comme une occasion importante d’apprentissage et d’échanges avec des experts, des représentants d’organisations et des acteurs engagés dans la protection de la biodiversité.
Parmi les propositions qui ont retenu son attention figure l’idée de mettre en place un plan spécifique pour accompagner les États insulaires dans la mise en œuvre du Cadre mondial de la biodiversité.
Elle a également évoqué les divergences entre les pays concernant l’accès aux informations génétiques. Certains États souhaitent faciliter leur disponibilité et leur utilisation, tandis que d’autres défendent une approche plus restrictive. Ces désaccords montrent l’importance des négociations autour du partage des bénéfices issus de l’exploitation des ressources génétiques.
Toutefois, pour la jeune observatrice, la protection de la biodiversité doit également prendre en compte les connaissances traditionnelles des communautés locales.
Elle estime que ces populations ne doivent pas être considérées uniquement comme des acteurs susceptibles de contribuer à la dégradation des ressources naturelles. Elles détiennent également des connaissances importantes sur les espèces, les plantes et les écosystèmes qu’elles côtoient.
« Les communautés locales possèdent des connaissances traditionnelles qui sont très importantes pour la protection des espèces que nous cherchons à préserver », a-t-elle expliqué.
Angela Marie Liza Joseph plaide ainsi pour que les populations locales deviennent de véritables partenaires de la conservation de la biodiversité. Elle estime qu’il faut leur proposer d’autres moyens de subsistance afin de réduire la pression exercée sur les ressources naturelles et de favoriser des pratiques d’exploitation plus durables.
« Nous devrions faire des communautés locales les principales défenseuses de la biodiversité, tout en leur donnant d’autres moyens de vivre », soutient-elle.
La jeunesse appelée à participer aux décisions environnementales
La participation des jeunes aux processus de décision constitue également une préoccupation majeure pour Angela Marie Liza Joseph.
Face à la perte de biodiversité, elle estime que la jeunesse doit dépasser le stade de la sensibilisation et prendre des initiatives concrètes. Elle appelle à une meilleure représentation des jeunes dans les espaces où se définissent les politiques environnementales.
Selon elle, leurs préoccupations doivent pouvoir atteindre les plus hauts niveaux de décision afin que leur participation ait un véritable impact sur les orientations adoptées.
Elle rejoint également les préoccupations relatives au renforcement des capacités des acteurs nationaux et à l’intégration de la biodiversité dans les programmes d’éducation environnementale.
Pour les deux observateurs haïtiens, les discussions de la COP17 rappellent que la protection de la biodiversité exige une mobilisation à plusieurs niveaux. Les financements internationaux doivent être accessibles, les communautés locales mieux accompagnées et les jeunes davantage impliqués dans les politiques de conservation.
À l’approche de l’échéance de 2030, Haïti doit transformer ses engagements internationaux en actions concrètes sur son territoire. La préservation des espèces menacées, la valorisation des connaissances traditionnelles et l’amélioration des mécanismes de financement constituent autant de défis à relever pour protéger durablement son patrimoine naturel.
Jean Rony Poito PETIT FRERE
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