Développment Durable

Transition énergétique en Haïti, l’EAE 2026 plaide pour une réforme profonde du secteur électrique

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La quatrième édition de l’École d’automne et d’été (EAE) 2026, consacrée au financement et à la gouvernance de la transition énergétique, a réuni plusieurs experts autour des défis et des perspectives du secteur énergétique haïtien.

Les différentes sessions, organisées les 21, 22 et 23 septembre, ont mis en évidence l’urgence de réformer la gouvernance, de développer les énergies renouvelables et de mobiliser des financements adaptés aux réalités du pays.
Lors de l’ouverture, le Recteur de l’Universié Quisquya, Dr Jacky Lumarque, a appelé à un changement de paradigme dans la manière dont Haïti produit et consomme son énergie. Il a notamment insisté sur la nécessité de réduire progressivement la dépendance aux énergies fossiles et de valoriser davantage les ressources renouvelables, notamment le solaire et l’hydroélectricité.

L’ingénieur Leonidas Pierre Davoust, Coordonnateur de la Cellule Energie du Ministère des Travaux Publics, Transports et Communications, a présenté une feuille de route stratégique du secteur énergétique à l’horizon 2032. Selon le diagnostic présenté durant la rencontre, moins de 30 % de la population bénéficie actuellement d’un accès fiable à l’électricité. La capacité effective de production reste également très faible par rapport à une demande estimée entre 500 et 800 mégawatts.

La feuille de route prévoit de porter l’accès à une électricité fiable à 60 % d’ici 2032, avec 250 000 nouveaux raccordements. Elle mise également sur la réduction des pertes techniques et commerciales, qui dépasseraient actuellement 50 %, pour atteindre environ 35 %. Cinq priorités ont été retenues, notamment l’amélioration de la gouvernance et du cadre réglementaire, l’électrification décentralisée, la réhabilitation des réseaux existants, le développement des compétences et des usages productifs, ainsi que la mobilisation de financements mixtes.
Le Docteur Evenson Calixte a, de son côté, détaillé un plan d’électrification reposant sur six réseaux régionaux, complétés par des mini-réseaux et des systèmes solaires autonomes. La première phase de ce programme nécessiterait environ 5,9 milliards de dollars. L’objectif est de faire de l’électricité une infrastructure nationale, capable de répondre progressivement aux besoins des ménages, des entreprises et des activités productives.

Les échanges ont aussi porté sur les limites du modèle énergétique actuel. Le Dr Flavien Tchapga, Coordinateur pédagogique du BADGE « Régulation de l’Énergie » de l’École Nationale Supérieure des Mines de Paris, a souligné la situation particulière d’Haïti, pays insulaire fortement dépendant des énergies fossiles importées. Il a rappelé que la transition énergétique ne concerne pas uniquement le remplacement d’une source d’énergie par une autre. Elle implique également des changements dans l’organisation du secteur, la réglementation, les modèles économiques et la répartition des responsabilités entre l’État, les opérateurs privés et les communautés.

Selon les données présentées durant la session, environ 80 % de la demande énergétique haïtienne serait couverte par des ressources locales, principalement la biomasse, tandis que les énergies importées représenteraient environ 20 %. Le bois-énergie occuperait une place importante dans ce système, avec des conséquences sur la couverture végétale et l’environnement.

La question de la distribution a également occupé une place importante dans les discussions. Yuri Lima Handem, Energie Spécialsite Senior de la Banque Mondiale, a comparé les expériences de la Guinée-Bissau et du Nigeria, deux pays confrontés à des pertes élevées dans leurs réseaux électriques. Il a notamment insisté sur l’importance des compteurs intelligents, d’une meilleure gouvernance des entreprises de distribution et d’une tarification adaptée aux réalités du marché.

Le financement reste toutefois l’un des principaux obstacles. Plusieurs intervenants ont souligné que les investisseurs privés ne pourront pas engager rapidement des capitaux importants sans garanties, règles claires et mécanismes de protection contre les risques de non-paiement. Les contrats d’achat d’électricité, les garanties bancaires, les mécanismes d’arbitrage international et les partenariats public-privé ont ainsi été présentés comme des outils pouvant contribuer à sécuriser les investissements.

Les participants ont également examiné différentes solutions pour les zones éloignées des réseaux classiques. Dans le Nord-Est, une étude présentée durant l’EAE 2026 propose notamment une première phase combinant un réseau alimenté par une centrale thermique de 6,8 mégawatts et une installation photovoltaïque de 35 mégawatts avec des mini-réseaux hybrides pour les zones isolées.

Le modèle de concession a été identifié comme une option privilégiée, sous réserve d’études complémentaires.
Le projet de centrale solaire hybride de Jacmel a également fait l’objet d’une présentation. Les intervenants ont rappelé les difficultés rencontrées lors du processus d’appel d’offres lancé en 2022, ainsi que les problèmes liés à l’approvisionnement en équipements et à l’état du réseau de distribution. Ils ont insisté sur la nécessité de considérer la production et la distribution comme deux composantes complémentaires d’une même stratégie.
L’expérience d’autres pays a aussi alimenté les débats. Le Dr Geoffrey Omedo, Spécialiste technique en financement climatique et énergétique du PNUD au Nigeria, a présenté les enjeux de la transition énergétique en Afrique, où le continent reçoit encore une faible part des investissements mondiaux dans les technologies propres malgré l’importance de ses ressources énergétiques. Il a plaidé pour une transition progressive, capable de répondre aux besoins immédiats en électricité tout en préparant le développement des énergies renouvelables.

Au terme des échanges, plusieurs intervenants ont défendu une approche adaptée au contexte haïtien. Ils ont notamment insisté sur la participation des communautés, le rôle des femmes, l’intégration du secteur informel, l’innovation frugale et la mobilisation de financements multilatéraux. La confiance entre l’État, les investisseurs et les communautés a été présentée comme une condition essentielle à la réussite des futurs projets.

L’EAE 2026 s’est finalement conclue sur l’annonce de la création d’un « Laboratoire de simulation et de modélisation des systèmes énergétiques ». Cette nouvelle structure doit contribuer à renforcer la recherche, la formation et l’innovation dans le secteur énergétique haïtien.

Les travaux des 21, 22 et 23 septembre ont ainsi fait ressortir un constat partagé : la transition énergétique d’Haïti nécessitera des investissements importants, mais aussi une réforme de la gouvernance, des règles plus crédibles, des réseaux mieux structurés et des solutions adaptées aux réalités des différents territoires.

Jean Rony Poito PETIT FRERE

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