Environnement

Être mère en Haïti : imaginer l’avenir d’un enfant dans un pays qui se réchauffe

Partager
Partager

Invitée de l’émission Haïti Climat le 28 mai 2026, Yves Wadna Compère, entrepreneure et militante engagée dans le développement économique et environnemental a partagé une réflexion profonde sur la maternité, les défis climatiques et l’avenir des nouvelles générations en Haïti.

« La maternité m’a fait comprendre que l’avenir du pays n’est pas quelque chose d’abstrait. L’avenir du pays, ce sont nos enfants. » C’est par cette conviction que Yves Wadna Compère a ouvert son intervention; une phrase simple, mais qui dit tout de la manière dont la maternité transforme le regard qu’on porte sur son pays et ses crises.

Diplômée en comptabilité, étudiante en gestion des affaires, présidente de la Chambre de commerce des femmes entrepreneures et professionelles du Nord-Est, directrice exécutive de la Chambre de commerce et d’industrie de Ouanaminthe, présidente du comité de pilotage du Small Grant Programme, Yves Wadna Compère cumule les responsabilités. Mais c’est sa casquette de mère qu’elle place au-dessus de toutes les autres. « Le rôle de maman est un rôle noble. C’est un rôle qui demande responsabilité, patience, sacrifice et engagement », affirme-t-elle.

Devenir mère, dit-elle, a profondément changé sa façon d’appréhender les questions de développement, d’insécurité et de changement climatique. Ce qui était autrefois des enjeux collectifs et abstraits est devenu personnel, immédiat, viscéral. Chaque parent se demande aujourd’hui dans quelles conditions ses enfants grandiront? Auront-ils accès à une bonne éducation, à des soins de santé, à la sécurité, à des opportunités suffisantes pour réaliser leurs rêves ? Dans un pays considéré comme l’un des plus vulnérables aux catastrophes naturelles, ces questions prennent une dimension particulièrement lourde.

Car Haïti se réchauffe. Inondations, sécheresses, tempêtes, dégradation accélérée de l’environnement, les signaux se multiplient. Et face à eux, Madame Compère pointe une lacune fondamentale : « Nous vivons dans un pays où il n’existe presque pas de culture de gestion des risques et des catastrophes. » Constructions Constructions anarchiques dans des zones à risque, manque d’infrastructures adaptées, insuffisance des politiques publiques de prévention, l’impréparation est réelle, et les mères en portent souvent le poids en première ligne. « Mon premier réflexe en tant que maman, c’est d’éloigner mes enfants du danger. Mais parfois, nous nous sentons impuissants », confie-t-elle

Yves Wadna Compère a grandi dans un pays marqué par l’instabilité. « Durant mes 32 ans, je n’ai jamais connu de stabilité dans le pays », dit-elle, évoquant les périodes d’embargo, les crises politiques, les violences et l’insécurité chronique. Les nouvelles générations, elles, évoluent dans des conditions encore plus complexes; à la croisée des crises sociales et environnementales. Un contexte qui pourrait pousser au découragement. Mais pas elle.

Car malgré l’impuissance, elle refuse le pessimisme. « Malgré l’impuissance, il faut agir quand même », insiste-t-elle. Pour elle, les périodes difficiles ont souvent permis de former des générations plus fortes, plus résilientes. Et le rôle des parents dans ce processus est central non pas transmettre l’inquiétude, mais transmettre les outils pour y faire face. « Il ne faut pas seulement partager l’inquiétude avec les enfants. Il faut aussi partager l’espoir, le courage et l’amour. » Les valeurs qu’elle cite: le respect, la responsabilité, la participation au changement sont autant de réponses concrètes à un monde qui vacille.

« Nous devons construire quelque chose de meilleur pour la postérité. » Une phrase en forme d’appel à la responsabilité collective, à l’action, à l’espoir lucide. Imaginer l’avenir d’un enfant en Haïti aujourd’hui, c’est aussi, selon Yves Wadna Compère, choisir de travailler dès maintenant à le rendre possible.

Esther Kimberly BAZILE

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles similaires
Environnement

Le ministère de l’Environnement annonce la fin de l’exploitation du sable à Pèlerin, Laboule et Boutillier

Face à la dégradation inquiétante de l’environnement dans plusieurs zones des hauteurs...

Développment DurableEnvironnement

Le MdE forme des jeunes aux métiers de la valorisation des déchets

Le ministère de l’Environnement (MdE), à travers son Unité genre et inclusion...

Environnement

Le ministère de l’Environnement lance le PAIEC pour renforcer l’économie verte

« C’est avec une immense satisfaction que je lance officiellement le Programme...