Le ministre haïtien de l’Environnement, Valéry Fils-Aimé, a désigné l’expert-consultant Ricardo Germain comme point focal national Paix, Sécurité et Climat. Officialisée le 29 octobre 2026, cette nomination intervient à la suite d’une déclaration conjointe de huit membres du Conseil de sécurité des Nations unies appelant à mieux intégrer les enjeux climatiques dans les efforts de prévention des conflits et de consolidation de la paix en Haïti.
Le 19 octobre, la Colombie, le Danemark, la France, la Grèce, la Lettonie, le Liberia, le Panama et le Royaume-Uni ont attiré l’attention sur les interactions entre changements climatiques, dégradation environnementale et insécurité en Haïti. Dans leur déclaration commune, ces huit pays soulignent notamment l’importance du Groupe de travail sur la sécurité climatique en Haïti (GSCH), créé en 2022, et plaident pour un renforcement des liens entre ce mécanisme, les travaux du Conseil de sécurité et la planification opérationnelle sur le terrain.
Informé de cette prise de position et sensibilisé à la nécessité de disposer d’un interlocuteur national sur ces questions, le ministre de l’Environnement a procédé à la désignation de Ricardo Germain, apportant ainsi une réponse institutionnelle à cet appel.
Une fonction à portée nationale et internationale
La désignation de Ricardo Germain intervient dans un paysage institutionnel où plusieurs acteurs travaillent déjà sur les interactions entre climat, paix et sécurité. Au sein du ministère de l’Environnement, la Direction des changements climatiques assure, depuis la création du GSCH, le rôle de point focal institutionnel auprès de ce groupe.
D’une portée plus large, le mandat de point focal national Paix, Sécurité et Climat dépasse le cadre des travaux du GSCH pour s’étendre à différents espaces de concertation et de coopération, tant nationaux qu’internationaux. Cette fonction implique notamment des missions de liaison et de représentation auprès des institutions et partenaires concernés, ainsi qu’un appui technique lorsque celui-ci est sollicité.
Ricardo Germain pourra ainsi, à la demande de la Direction des changements climatiques, contribuer à certains travaux en lien avec le GSCH, sans se substituer aux attributions de cette direction ni à la coordination du Groupe.
Dans un message adressé aux membres du GSCH, Paule Juneau, du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), a salué cette désignation.
« Son arrivée intervient à un moment opportun. La déclaration conjointe du 19 octobre de plusieurs membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui cite nommément le GSCH, donne un nouvel élan à nos travaux. M. Germain pourra notamment contribuer à la finalisation du projet de politique nationale sur l’environnement, le climat, la paix et la sécurité, dont il a déjà examiné le volet sécurité, ainsi qu’au renforcement des liens entre le GSCH, les institutions nationales de sécurité et les partenaires internationaux », souligne-t-elle.
Paul Judex Edouarzin, représentant du PNUE en Haïti, a également exprimé sa volonté d’accompagner le nouveau point focal national dans l’exercice de ses responsabilités.
Un parcours à la croisée de la sécurité, de l’humanitaire et de la coopération internationale
Expert-consultant spécialisé dans les questions de défense, de sécurité, de renseignement et de gestion des crises, Ricardo Germain possède un parcours associant administration publique, coopération internationale et conseil stratégique.
Ricardo Germain a notamment occupé les fonctions de chef de service de la Coopération multilatérale au ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), tout en assurant le rôle de point focal auprès du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Membre de l’Intersecteur, un mécanisme de coordination des interventions humanitaires, il y représentait son ministère. Cette expérience l’a également conduit à participer, en qualité d’évaluateur, à des exercices de simulation de gestion des désastres (SIMEX), en collaboration avec la Direction générale de la protection civile (DGPC).
En février 2023, dans le prolongement de ses responsabilités au MPCE, Ricardo Germain a accompagné le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans une démarche stratégique portant sur une proposition de projet visant à renforcer le leadership des femmes dans la prévention des conflits et la résilience des communautés face aux changements climatiques, dans les quartiers fragiles de Port-au-Prince confrontés à des crises et à des urgences humanitaires.
L’année suivante, Ricardo Germain rejoint la Primature comme consultant sous le gouvernement du Premier ministre Garry Conille. Ses interventions portent notamment sur les questions de sécurité, parallèlement à un appui apporté au ministre délégué chargé des Affaires humanitaires. Une mise à disposition auprès de la Présidence de la République suivra, avec des responsabilités de chargé de mission et de conseiller spécial en défense, sécurité et renseignement.
Ce parcours institutionnel se complète par une expérience auprès de l’International Rescue Committee (IRC), en Côte d’Ivoire, dans le cadre d’un projet transfrontalier avec le Burkina Faso consacré à la résilience et à la cohésion sociale des communautés affectées par les violences, le terrorisme et les chocs climatiques.
L’intérêt de Ricardo Germain pour les interactions entre climat et sécurité remonte toutefois à plusieurs années. En 2022-2023, dans le cadre de ses études en Géoéconomie, Gestion des risques et Responsabilité de l’entreprise, son mémoire de fin d’études portait sur les impacts des risques climatiques sur le système agroalimentaire et la sécurité humaine en Haïti. Ses réflexions se sont également nourries des travaux de l’Observatoire Défense & Climat et de la Stratégie « Climat & Défense », adoptée en 2022 par le ministère français des Armées.
Depuis mai 2026, l’expert apporte son concours au ministère haïtien de l’Environnement, notamment dans le cadre de réflexions sur le renforcement des capacités institutionnelles et l’amélioration de la gouvernance en matière de sécurité environnementale.
En août dernier, Ricardo Germain a pris part à la Conférence locale des jeunes sur le climat (LCOY), organisée au Cap-Haïtien, en intervenant dans un panel consacré au thème « Gouvernance environnementale, résilience climatique et restauration des écosystèmes : des politiques publiques à l’action locale ».
Le 29 septembre, Ricardo Germain a également participé, à Cancún, au Mexique, au Sargassum Day, à l’occasion du lancement du Fonds Équipe France CARIBS, une initiative de coopération régionale consacrée à la gestion des sargasses et au renforcement des capacités dans le bassin des Caraïbes. À cette occasion, l’expert représentait Haïti en qualité de co-représentant et de conseiller en sécurité maritime et environnementale.
Plus récemment, le 15 octobre, une réflexion consacrée à la criminalité environnementale a été publiée sur ses comptes X, LinkedIn et Facebook.
Des premiers échanges internationaux à l’approche de la COP31
Cette désignation intervient à quelques semaines de la 31e Conférence des Parties sur les changements climatiques (COP31), prévue en Turquie, dans un contexte où les liens entre fragilité, sécurité et financement climatique suscitent une attention croissante.
Parmi les premiers échanges engagés par Ricardo Germain figurent des discussions avec plusieurs partenaires internationaux, dont adelphi, un organisme allemand actif sur les questions de climat, de paix et de sécurité, ayant déjà contribué au dialogue sur la sécurité climatique en Haïti.
À l’occasion de la COP31, adelphi prépare notamment un événement intitulé « Advancing Climate Finance with Peace-Positive Outcomes in Fragile Contexts: Comparative Experiences from Somalia and Syria », consacré aux expériences de la Somalie et de la Syrie en matière de financement climatique et de consolidation de la paix dans les contextes fragiles.
Pour Haïti, dont la vulnérabilité aux catastrophes naturelles se conjugue à une crise sécuritaire persistante, cette conférence internationale représente une occasion de porter les préoccupations des États fragiles dans les discussions sur l’adaptation, la résilience et l’accès aux financements climatiques, notamment ceux destinés à répondre aux pertes et préjudices.
La nouvelle fonction pourrait, dans cette perspective, faciliter le dialogue entre les institutions nationales, les partenaires techniques et financiers et les initiatives multilatérales consacrées au nexus climat-paix-sécurité.
La sécurité climatique, un défi majeur pour Haïti
Dans leur déclaration du 19 octobre, les huit membres du Conseil de sécurité ont insisté sur les conséquences cumulées de la dégradation environnementale, des chocs climatiques et de la violence des groupes armés criminels. Ces facteurs contribuent à fragiliser les moyens de subsistance, à accentuer les déplacements de population et à réduire les capacités de résilience des communautés.
Les pays signataires préconisent une approche intégrée associant prévention des conflits, adaptation aux changements climatiques, gestion durable des ressources naturelles, protection des populations déplacées et développement de moyens de subsistance résilients. Une attention particulière est également accordée aux initiatives portées par les acteurs haïtiens.
Dans un pays où les crises environnementales, humanitaires et sécuritaires s’entrecroisent, la prise en compte des risques climatiques apparaît ainsi comme une dimension de plus en plus importante des politiques de prévention et de consolidation de la paix.
Au-delà de la désignation d’un point focal national, l’enjeu sera désormais de traduire cette dynamique en actions concrètes. La finalisation du projet de politique nationale sur l’environnement, le climat, la paix et la sécurité, le rapprochement entre les institutions concernées et la mobilisation de nouveaux partenariats figurent parmi les perspectives susceptibles de renforcer la réponse haïtienne à ces défis interdépendants.
La Rédaction
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