Agro-écologie

De la résilience à la renaissance : quel avenir pour le Jardin botanique des Cayes ?

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Invité de l’émission Haïti Climat le 14 mai 2026, l’agronome William Cinéa a lancé un appel pressant en faveur de la protection du Jardin botanique des Cayes, menacé par un conflit foncier et des actes de destruction qui risquent d’effacer des années de recherche scientifique.

« Il faut sauver le jardin botanique. Ce n’est pas une bataille privée. C’est un patrimoine national. » William Cinéa ne mâche pas ses mots. L’agronome, qui a consacré une partie de sa carrière à transformer le Jardin botanique des Cayes en centre de recherche scientifique, assiste aujourd’hui à la destruction progressive de ce qu’il a contribué à bâtir. Un conflit foncier a contraint son équipe à quitter les lieux. Ce qui reste derrière est, selon lui, irremplaçable.

Pour beaucoup, un jardin botanique évoque un espace vert, un lieu de promenade. William Cinéa s’emploie à corriger cette perception. « Un jardin botanique est une institution scientifique de recherche. Il permet d’étudier les plantes, leur richesse, leurs propriétés médicinales et leur capacité de résilience. » Après une spécialisation en jardins botaniques en Angleterre en 2009, il est revenu en Haïti avec une conviction : le pays ne pouvait pas continuer à ignorer la richesse de sa flore. « Quand je suis revenu en 2010, je me suis dit que nous ne pouvions pas continuer uniquement à planter des fleurs ornementales. Il fallait entrer dans la recherche scientifique. »

Ce virage vers la recherche a conduit son équipe à parcourir le pays pour identifier, documenter et collecter des espèces végétales souvent méconnues. Les résultats ont été remarquables. « Nous avons découvert qu’Haïti compte environ 5 600 espèces de plantes. Une part importante est endémique, c’est-à-dire qu’elle n’existe nulle part ailleurs dans le monde. » Le Sud du pays, notamment, abriterait plusieurs espèces uniques dont la préservation revêt une importance particulière pour la recherche scientifique internationale.

Le jardin s’est également tourné vers l’ethnobotanique et la phytochimie , deux disciplines qui étudient respectivement les usages traditionnels des plantes et leurs composés actifs. « Nous essayons de comprendre comment les populations utilisent les plantes depuis des générations, quelles maladies elles traitent et quelles molécules elles contiennent. » Un savoir traditionnel précieux, transmis de génération en génération, que la recherche cherche à documenter avant qu’il ne disparaisse.

Aujourd’hui, cet héritage est en danger. À la suite d’un conflit lié à la propriété du terrain, l’équipe a reçu une sommation brutale. « Nous avons reçu une sommation nous donnant huit jours pour quitter l’espace et retirer toutes nos plantes. » Depuis cette expulsion, plusieurs zones ont été détruites. « L’espace le plus important du jardin était un espace écologique protégé où vivaient des oiseaux et où nous conservions des plantes endémiques. Cet espace a été totalement détruit. » Des années de collecte, de documentation et de conservation effacées en quelques jours.

William Cinéa appelle à une intervention rapide de l’État, rappelant que la Constitution haïtienne reconnaît l’importance des jardins botaniques comme outils d’éducation et de protection du patrimoine naturel. Il croit encore à une renaissance possible; si la mobilisation des autorités, du monde scientifique et de la société civile se concrétise à temps. Car ce qui a été détruit peut peut-être être reconstruit. Ce qui aura disparu, lui, ne reviendra plus.

Esther Kimberly BAZILE

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