Climat

Climat : trois jours pour renforcer les capacités nationales en adaptation

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Face à l’urgence climatique, Haïti poursuit la structuration de sa réponse en matière d’adaptation. Pendant trois jours, du 24 au 26 février 2026, des acteurs clés des institutions publiques et partenaires techniques se sont réunis à Pétion-Ville pour renforcer leurs compétences autour d’un enjeu central : mieux mesurer, suivre et piloter les actions d’adaptation.

Organisée dans le cadre du projet CBIT-Haïti, mis en œuvre par le ministère de l’Environnement avec l’appui du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), cette formation s’inscrit directement dans les exigences des articles 7 et 13 de l’Accord de Paris, relatifs à l’adaptation et à la transparence climatique.

Un enjeu central : bâtir un système national de transparence climatique

Au cœur des échanges : la mise en place d’un système MRV (Mesure, Rapportage et Vérification), considéré comme la colonne vertébrale de la gouvernance climatique moderne. Ce dispositif permettra à Haïti de suivre ses efforts d’adaptation, d’évaluer les impacts des politiques climatiques et de répondre aux exigences internationales en matière de transparence.

Les discussions ont notamment porté sur le lien entre les cadres nationaux existants, comme le Plan national d’adaptation (PNA) et la Contribution déterminée au niveau national (CDN), et les nouveaux outils de suivi-évaluation à développer.

Des secteurs clés au cœur des priorités

La formation a ciblé quatre secteurs particulièrement vulnérables aux effets du changement climatique en Haïti, à savoir la santé, les ressources en eau, l’agriculture et les infrastructures. Des représentants de plusieurs institutions publiques (MEF, MARNDR, MSPP, DINEPA, CNIGS, entre autres) ainsi que du monde académique et de la société civile ont participé activement aux travaux.

Cette diversité d’acteurs reflète une réalité incontournable : l’adaptation climatique ne peut être efficace sans une coordination multisectorielle forte.

Comprendre les risques pour mieux agir

Au-delà des concepts, la formation s’est distinguée par son approche pratique. Les participants ont travaillé sur l’analyse des risques climatiques (aléas, exposition, vulnérabilité), la construction de chaînes d’impact et l’élaboration d’indicateurs d’adaptation.

Ces outils permettent de mieux comprendre comment les chocs climatiques (sécheresses, inondations, vagues de chaleur) affectent les systèmes socio-économiques et environnementaux du pays. En outre, un accent particulier a été mis sur la théorie du changement, afin de relier explicitement les actions d’adaptation aux résultats attendus sur le terrain.

Vers des outils concrets : la plateforme “RisQ”

L’un des temps forts de la session a été la présentation de la plateforme « RisQ », un outil en cours de développement destiné à centraliser les données climatiques liées à l’adaptation. À travers des exercices pratiques établis sur des projets fictifs (agroforesterie, irrigation, santé), les participants ont simulé la collecte de données et l’alimentation du système.

L’objectif  de cet exercice a été de préparer les institutions haïtiennes à produire des données fiables, comparables et exploitables pour orienter les politiques publiques.

Des défis persistants, mais des bases solides

Si les avancées sont réelles, plusieurs défis demeurent, notamment des capacités techniques inégales selon les secteurs, un accès limité aux financements climatiques et une coordination institutionnelle encore perfectible. De plus, des contraintes logistiques, notamment liées à la connectivité Internet, ont également été relevées lors de la formation.

Cependant, les participants ont identifié des acquis significatifs, comme l’existence de systèmes sectoriels (ex. SIEPA pour l’eau) pouvant servir de fondation au futur système MRV national.

Une dynamique à consolider pour l’avenir

Au terme de ces trois jours, une conviction s’impose : Haïti dispose désormais d’une base technique et institutionnelle renforcée pour structurer son action en matière d’adaptation climatique.

La prochaine étape consistera à renforcer la coordination interinstitutionnelle, élargir les capacités aux secteurs liés à l’atténuation et accélérer l’opérationnalisation des outils comme la plateforme RisQ.

Dans un contexte où les impacts du changement climatique s’intensifient, la capacité du pays à mesurer, comprendre et anticiper ses vulnérabilités devient un enjeu stratégique.

Patrick Saint-Pré

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