En vue d’attirer l’attention notamment des autorités étatiques sur la dégradation accélérée du Parc National la Visite, l’émission « Haïti Climat », animée par Patrick Saint-Pré et Valéry Fils-Aimé, a reçu, le jeudi 15 avril 2021, Exzéquiel Massillon de la Fédération des Associations pour le Développement Communautaire de la Visite (FADECOV) et Richard Cantave de la Fondation Seguin autour du thème « Pauvreté et déforestation : le cercle vicieux qui met en danger le Parc National La Visite ».
Le Parc National La Visite, déclaré aire protégée en 1983,
a perdu en trente ans près de trois-quarts de ses espaces boisés.
« En 1990, le Parc s’étendait sur environ 8700 hectares. Au moment où l’on parle, en 2021, les surfaces boisées du Parc font moins de 1 800 hectares avec les clairières de coupe effectuées au sein de la forêt. D’après des images satellitaires prises par la Fondation, sans les clairières, il ne reste qu’à peine 970 hectares de surfaces boisées actuellement », a alerté Richard Cantave, responsable des relations publiques au sein de la Fondation Seguin, redoutant cette spirale de destruction qui, si rien n’est fait pour la stopper, risque d’entraîner la destruction totale du Parc avec des conséquences incroyables pour la population vivant aux alentours.
« Cette destruction accélérée est causée surtout et en premier lieu par le statut spécial du Parc, ensuite par un désintéressement total, général de l’État haïtien de l’importance que revêt le Parc », a fait savoir M. Cantave, déplorant l’absence de surveillance, de protection et de conservation qui caractérise cette réserve naturelle laissée à la merci des riverains s’adonnant en toute liberté notamment au défrichage, à la coupe des arbres, et à la culture vivrière.

Aucune mesure de protection pour le Parc
De son côté, Exzéquiel Massillon, un des membres fondateurs de la FADECOV, a indiqué que cette structure a déjà lancé plusieurs alertes aux autorités et partenaires directs sur la nécessité de protéger cette réserve écologique.
« Les habitants de la région utilisent les espaces de la forêt d’une manière inappropriée en vue de subvenir à leurs besoins. Aucune mesure n’a été prise jusque-là pour freiner cette exploitation [anarchique]», a vertement critiqué l’étudiant de la Faculté d’économie et de gestion (FEG) à l’Université publique du Sud-est à Jacmel (UPSEJ) qui milite pour une meilleure gestion du Parc.

Selon Exzéquiel Massillon, des surfaces forestières de plus en plus importantes au sein du Parc sont remplacées par des cultures maraîchères (poireau, carotte, pomme de terre, etc.). Les gens utilisent également le Parc comme pâturages dans le cadre de leurs activités d’élevage sauvage, au grand dam de la Fondation Seguin et de ses multiples différentes interventions sur place. « Pour pallier le problème, il importe de fournir à la population locale d’autres moyens de subsistance », a exhorté M. Massillon.
Sur le même sujet: Qui protège le Parc national La visite ?
Richard Cantave a abondé dans le même sens tout en pointant du doigt la déresponsabilisation de l’Etat, notamment les instances censées protéger le Parc. « La communauté se sent libre de pénétrer dans la forêt comme bon lui semble pour déboiser, cultiver, habiter et nourrir ses animaux », a confié Richard Cantave soulignant qu’en 2019, le Ministère de l’Environnement (MDE) a augmenté le périmètre du Parc, totalement géo-référencé depuis lors, le faisant passer officiellement à environ 12 000 hectares. Ces 12 000 hectares, censés être une zone protégée, sont [en principe] sous la responsabilité du MDE, du Ministère de l’agriculture, et éventuellement du Ministère de la défense et de l’Intérieur et des collectivités territoriales.
« Il n’y a presque plus de gardes au Parc La Visite », a constaté Exzéquiel Massillon évoquant une affaire de chèques que le Ministère de l’environnement ne verserait plus.
Parc National La Visite, une réserve à couper le souffle !
Interrogé sur l’importance du Parc National la Visite pour la biodiversité, Richard Cantave a fait valoir précisément qu’il s’agit d’une réserve écologique capitale par rapport à son altitude (plus de 2 000 mètres), sa position géographique (à cheval sur deux départements à savoir l’Ouest et le Sud-est), et sans oublier sa formation géologique lui permettant de recueillir une quantité d’eau extraordinaire qui crée une infiltration vers les nappes aquifères et les rivières existantes dans les départements du Sud-est et de l’Ouest.
« Avec la coupe effrénée, l’eau d’infiltration a été remplacée par l’eau de ruissellement […] Si l’eau venait à être tarie à la Visite, 3.5 millions de personnes dans les départements de l’Ouest et du Sud-est qui dépendent de cette eau n’en auraient plus accès », a mis en garde Richard Cantave.

Sur le même sujet: Le parc national la Visite se meurt. Cri d’alarmes de la Fondation Seguin
Ensuite, le Parc dispose d’une biodiversité unique à travers le pays avec une variété d’espèces de faune et de flore endémiques, y compris des plantes médicinales, faisant partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. « Des espèces menacées sont en train de disparaitre », a prévenu M. Cantave sans compter des millions de dollars perdus dans le secteur du tourisme et de la recherche universitaire et scientifique.
Quant à la pétition qui circule sur les réseaux sociaux visant à tirer la sonnette d’alarme sur la situation du Parc National La Visite, Exzéquiel Massillon a informé avoir déjà récolté 7 mille signatures sur environ 10 mille recherchées. « Notre bataille consiste surtout à renverser la pauvreté qui constitue la cause fondamentale de la destruction de la forêt pour trouver d’autres alternatives économiques pour la population », a déclaré le militant écologique.
Pour Richard Cantave, la Fondation Seguin, sans vouloir prétendre se substituer à l’Etat, est toujours prête à embrasser les perspectives de solution tout en étant impatiente de voir une population plus éduquée sur les menaces environnementales et d’autres associations comme FADECOV s’approprier du combat de la construction, de réhabilitation en lieu et place de la destruction.
Sur le même sujet: Le Parc national la Visite en coupe réglée
Kattia Jean-François