Je me rappelle comme si c’était hier les journées du 1er mai, fête de l’Agriculture et du Travail. Les organisations, les associations et les écoles profitaient de cette occasion pour sensibiliser les jeunes et les moins jeunes à l’importance des arbres et de la couverture forestière du pays. Parfois, l’expérience allait au-delà des cours en classe : le temps d’une journée, nous devenions planteurs. Le lendemain, et les jours qui suivaient, nous ne savions plus vraiment ce qu’était devenue la plantule. Avait-elle grandi ? Une bête l’avait peut-être mangée. Avait-elle survécu ?
Chaque année, les mêmes activités, les mêmes programmes, avec un seul objectif : sensibiliser la population à l’importance de protéger l’environnement et de le considérer comme un allié, un bien commun. Mais après des années à répéter presque les mêmes activités, il est grand temps de se demander : est-ce que la sensibilisation suffit ?
Haïti compte aujourd’hui près de 1,5 million de personnes déplacées internes. Son économie enregistre une huitième année consécutive de contraction en 2026 et plus d’une personne sur deux vit avec moins de trois dollars par jour, selon les estimations de la Banque mondiale. Dans ce contexte de précarité, pour de nombreuses familles, la priorité immédiate reste la survie. Et dans cette quête, les impératifs économiques peuvent souvent prendre le dessus sur les préoccupations environnementales. Les arbres que l’on appelle à protéger peuvent devenir, pour certaines familles, du charbon nécessaire à la préparation du repas du jour. Comme le dit le proverbe : ventre affamé n’a point d’oreilles.
Lors de la COP17 sur la biodiversité, tenue du 19 au 30 octobre 2026 à Erevan, en Arménie, la délégation haïtienne a notamment plaidé pour le financement, le renforcement de la coopération internationale et l’éducation environnementale. Cette dernière, bien qu’étant un pilier de la protection de la nature, ne peut constituer à elle seule la réponse de l’État face à la dégradation de l’environnement. La sensibilisation doit s’accompagner de moyens et de perspectives concrètes pour les populations.
Ces perspectives existent. L’économie verte et l’économie circulaire offrent des possibilités réelles : la valorisation des déchets peut générer des revenus là où il n’y en avait pas ; l’agroforesterie permet de produire tout en restaurant le couvert végétal ; les énergies renouvelables peuvent réduire la dépendance au charbon de bois qui décime les forêts. Il est possible de faire de la protection de l’environnement un véritable levier de développement local, à condition d’y associer investissements, formations, débouchés économiques et une volonté politique qui dure au-delà des campagnes.
On ne peut pas demander aux populations de protéger l’environnement sans prendre en compte les conditions dans lesquelles elles vivent. La responsabilité de l’État ne se limite pas à sensibiliser les citoyens : elle consiste aussi à créer les conditions qui leur permettent d’adopter des pratiques plus respectueuses de la nature.
Sinon, on aura beau planter des arbres et multiplier les campagnes de sensibilisation, la pauvreté et la misère continueront de gagner cette bataille, au détriment de l’environnement.
Editorial
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