Les récents événements sismiques dans la région des Caraïbes ont ravivé les inquiétudes en Haïti, un pays déjà marqué par les séismes dévastateurs de 2010 et 2021. Pour comprendre la situation actuelle et évaluer le niveau de préparation du pays, l’émission Haiti Climat a reçu le 23 juillet 2026, Sadrack Saint-Fleur, ingénieur civil, docteur en sismologie et professeur à l’Université Quisqueya.

Les récents événements sismiques enregistrés au Venezuela ont suscité de nombreuses interrogations en Haïti, notamment en raison de la proximité géographique entre les deux pays. Selon Sadrack Saint-Fleur, cette inquiétude est compréhensible, mais doit être analysée avec rigueur scientifique.
Le Venezuela a connu deux importants séismes successifs de magnitude 7,2 et 7,5, séparés de quelques dizaines de secondes. Ces événements ont provoqué des dégâts importants et rappelé la vulnérabilité des territoires situés dans la région caraïbe. Pour le spécialiste, le Venezuela et Haïti partagent un contexte tectonique similaire. « Le Venezuela a un contexte sismotectonique qui ressemble beaucoup à celui d’Haïti », explique-t-il.
Haïti se situe à la frontière entre les plaques nord-américaine et caraïbe, tandis que le Venezuela se trouve à la rencontre des plaques caraïbe et sud-américaine. Ces mouvements tectoniques, d’environ deux centimètres par an, créent progressivement des contraintes susceptibles de provoquer des ruptures sur les failles actives.
Cependant, le sismololgue insiste sur le fait qu’un séisme dans un pays voisin ne signifie pas qu’un événement similaire va nécessairement toucher Haïti. « Ce n’est pas parce qu’il y a un séisme au Venezuela qu’il y aura un séisme en Haïti », précise-t-il. Selon lui, les séismes sont liés à des systèmes de failles spécifiques et il n’existe pas de mécanisme permettant de prévoir qu’un événement dans une région déclenchera automatiquement un autre événement ailleurs.
Toutefois, ces événements doivent servir de rappel aux populations vivant dans des zones à risque. « Le séisme est un phénomène naturel permanent. Le risque existe toujours, et nous devons continuer à nous préparer », souligne-t-il.
Les avancées de la recherche sismique en Haïti
Depuis le séisme du 12 janvier 2010, Haïti a considérablement renforcé ses capacités de surveillance et de recherche sur les phénomènes sismiques. La création de l’Unité de recherche en géosciences (URGéo) à la Faculté des sciences, avec la collaboration du Bureau des Mines et de l’Énergie (BME), a permis de développer un réseau d’observation plus performant à travers le pays.
Selon Sadrack Saint-Fleur, cette évolution représente une avancée majeure par rapport à la situation d’avant 2010. « En 2010, nous manquions énormément de données. Nous ne savions pas toujours quelle faille avait provoqué le séisme. Aujourd’hui, nous avons des instruments et des chercheurs capables d’analyser plus rapidement les événements », affirme-t-il.
Les stations sismologiques permettent désormais d’enregistrer les séismes, de déterminer leur localisation, leur magnitude et d’étudier l’activité des différentes failles présentes sur le territoire. Cependant, le chercheur rappelle que la science ne permet toujours pas de prévoir précisément la date et le lieu d’un prochain grand séisme. « Nous ne pouvons pas dire qu’un séisme majeur arrivera dans dix ans, dans un mois ou dans quelques jours. La prédiction des séismes n’existe pas aujourd’hui », explique-t-il. L’objectif de la recherche est donc de mieux comprendre le risque afin de mieux réduire ses impacts.
Mieux construire pour réduire les pertes
Pour Sadrack Saint-Fleur, la réduction du risque sismique passe nécessairement par l’amélioration des constructions et la formation des professionnels. « Plus nous formons des ingénieurs capables de prendre en compte le risque sismique, plus nous augmentons la capacité de résistance de nos bâtiments », affirme-t-il.
Les recherches permettent également d’identifier les zones où les effets d’un séisme peuvent être amplifiés par les caractéristiques du sol. Certains terrains peuvent accentuer les mouvements du sol et provoquer davantage de dommages aux infrastructures. Ces connaissances sont essentielles pour orienter les normes de construction et renforcer la sécurité des populations.
La comparaison avec des pays comme le Japon ou le Mexique montre que la préparation aux séismes demande du temps. Ces pays ont développé une culture du risque grâce à plusieurs décennies de recherche, d’investissement et de sensibilisation. Pour le professeur, Haïti doit poursuivre ses efforts dans cette direction. « La préparation face aux séismes ne se construit pas du jour au lendemain. Ce sont des décennies de travail qui permettent à une société de mieux résister », explique-t-il.
Aujourd’hui, Haïti dispose de meilleures connaissances scientifiques qu’en 2010, mais plusieurs défis demeurent : renforcer les infrastructures, améliorer les services d’urgence, développer la sensibilisation et appliquer davantage les normes parasismiques. « Nous ne sommes pas au point zéro, mais nous avons encore beaucoup de travail à faire », reconnaît le spécialiste.
Le rôle des scientifiques n’est donc pas d’empêcher les tremblements de terre, mais d’aider la société à mieux y faire face. « Nous ne pouvons pas arrêter un séisme. Notre travail est d’accompagner la population, de produire des connaissances et de proposer des solutions pour réduire les dégâts », conclut le sismologue.
Esther Kimberly BAZILE
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