Wynn Farm, l’un des espaces écologiques les plus emblématiques d’Haïti, traverse une période particulièrement difficile après avoir été gravement frappé par la machine de l’insécurité.
En effet, cette réserve écologique, malgré ce qu’elle représente comme un site touristique avec une portée internationale, a été victime d’actes de destruction, de pillage, d’incendies et d’occupations illégales. La ferme se trouve dans un état critique avec notamment la cessation des activités alors qu’elle était un lieu de visite, de recherche et de méditation pour les élèves, des associations, chercheurs, et spiritualistes. Et les faits remontent aux années 2022 jusqu’en octobre 2025, où une bonne partie de l’espace a été réduite en cendres suite à un affrontement sanglant entre des agents de la police nationale d’Haïti et des bandits lors d’une attaque meurtrière dans la commune de Kenscoff.
Selon Jane Wynn, épouse du fondateur de l’espace, Victor Wynn, la réserve écologique représente bien plus qu’une propriété familiale. Il s’agit d’un héritage légué par ses parents, fondé sur une mission claire : protéger les sols, préserver l’environnement et sensibiliser la population à l’importance des ressources naturelles.
« Situé dans la zone de Furcy, l’espace s’étend sur environ 399 hectares et joue un rôle hydrologique majeur. Il constitue un point focal pour plusieurs bassins versants et se trouve à proximité des sources alimentant notamment les rivières Froide, Grise et Momance. Avant la crise, Wynn Farm servait de centre de formation pour les agriculteurs, en partenariat avec plusieurs organisations internationales, dont USAID. Un laboratoire de sols y avait également été créé afin de soutenir la recherche agricole », explique Jane Wynn à Radio Magic9.
Le site accueillait aussi des étudiants et chercheurs, notamment dans les domaines de l’anthropologie et de l’environnement. Des activités comme la Journée de la Terre y étaient organisées afin de sensibiliser les jeunes générations à la protection de la planète.
Grâce à des techniques de conservation adaptées au relief montagneux d’Haïti, des terrasses agricoles avaient été aménagées pour retenir l’eau, limiter l’érosion et améliorer les plantations.
Depuis les violences récentes, la situation s’est fortement aggravée. Jane Wynn dénonce l’incendie du centre de développement durable, la destruction de plantes rares, du jardin médicinal, ainsi que le vol et l’abattage d’animaux, notamment des chevaux.
Elle affirme également que plusieurs arbres ont été coupés pour la construction de maisons, accentuant la dégradation de l’écosystème local et la bidonvilisation de la zone.
« On perd l’écosystème d’Haïti alors que le pays est riche en biodiversité », regrette-t-elle.
Malgré les difficultés, la famille Wynn continue de résister et garde vivante la mission environnementale transmise par les générations précédentes. Toutefois, l’accès au site reste compliqué et les moyens de protection sont insuffisants.
Jane Wynn appelle les autorités haïtiennes à adopter une véritable politique publique d’aménagement du territoire, à résoudre les conflits fonciers et à assumer leurs responsabilités en matière de gestion environnementale.
Elle estime que sans intervention sérieuse de l’État, des espaces comme Wynn Farm risquent de disparaître, emportant avec eux une partie précieuse du patrimoine écologique national.
Jean Rony Poito PETIT FRÈRE
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