La famille Villedrouin a organisé, le dimanche 12 juin 2022 au Ranch Le Montcel, une conférence en mémoire de feu Philippe Villedrouin, le père fondateur des lieux. Cette conférence s’est déroulée autour du thème « l’agriculture comme vecteur de développement pour une Haïti verte et prospère ». L’occasion pour les différents intervenants, dont Fresner Dorcin, Bernard Balmir, Daniel Denis et Prince Woody G. Saint-Olympe, avec Patrick Saint-Pré comme modérateur, d’entretenir le public de sujets divers en lien avec le thème retenu.
Le Montcel est ce centre écologique qui force l’admiration, tant au niveau local qu’international, grâce à sa contribution au combat pour la protection de l’environnement et la biodiversité. Environ 6 à 7 km suffisent pour rallier la rue principale de Kenscoff au quartier de Belot. L’air frais caressant votre visage, à mesure qu’on approche du portail du ranch, confirme que nous nous trouvons dans un environnement écologique bien entretenu.
La pancarte « Bienvenue au Ranch le Montcel » cache un beau paysage recouvert d’arbres et pourvu d’une grande biodiversité. Ledit Ranch, de renommée internationale, renferme : plantation agricole, aires de logements, espaces de récréation et mini zoo. Cette fusion explique à merveille le projet de Philipe Villedrouin connu sous le nom « l’Haïti de demain, vécu aujourd’hui ! ».

Sous les coups de 11h, difficile de croire, avec le climat tempéré, que nous sommes en Haïti. Pourtant, une ambiance des jours ordinaires y régnait avec de nombreux visiteurs en quête d’un bon moment de détente dans un endroit sain où il fait bon vivre.
Non loin des visiteurs, sous un hangar, famille et amis de Philippe Villedrouin, des étudiants de la faculté d’agronomie de l’Université d’État d’Haïti, des membres de l’Association haïtienne pour le développement rural de Kenscoff (SOHADERK) ainsi que les conférenciers se sont réunis pour commémorer le départ de cet ami de la nature.
C’est sa belle-fille, Stéphanie Balmir Villedrouin, ancienne ministre du Tourisme, qui a donné le coup d’envoi. « Philippe Villedrouin, juste avant de nous quitter, a eu un dernier rêve pour lequel il a travaillé sans relâche et a laissé des écrits : celui de créer une école d’encadrement technique pour les jeunes », a fait savoir Mme Villedrouin. Selon elle, cette conférence constitue le premier pas vers la réalisation de ce dernier projet.
« Vous, les jeunes étudiants ici présents, vous êtes l’avenir de ce pays ! Ce pari, nous le faisons sur vous. Nous comptons sur votre engagement et détermination, à l’instar de Philippe, pour réaliser ce projet. Tout est réalisable ; il faut uniquement développer en chacun de vous la flamme du désir et de la réussite », a martelé l’ancienne ministre en guise de motivation.

Agriculture intelligente face au changement climatique et opportunité en Haïti
Le défi du changement climatique implique de comprendre les interrelations entre agriculture, forêt, bioénergies, émissions de gaz à effet de serre (GES) et sécurité alimentaire.
« L’agriculture […] est une victime du changement climatique », a précisé l’agronome Fresner Dorcin. Dans le cadre d’une transition vers un système agricole et alimentaire plus durable et solidaire, l’agriculture doit se réinventer. « On peut produire biologiquement ! », a rappelé l’ancien ministre de l’Agriculture. Face au changement climatique, deux leviers d’actions sont indissociables. Les mesures d’atténuation et d’adaptation.
Les premières visent à traiter les causes du changement climatique à travers la réduction des sources d’émissions de GES, dans différents secteurs d’activités. Les mesures d’adaptation, quant à elles, consistent à se protéger des conséquences du changement climatique.
« Cependant, même si les émissions de GES sont réduites drastiquement, les effets du changement climatique sont inévitables, et Haïti en subit déjà les conséquences », a-t-il expliqué. L’agriculture climato-intelligente (ACI) repose sur trois piliers : la sécurité alimentaire, le bien-être des agriculteurs, l’adaptation et l’atténuation du changement climatique.
Pour l’ex-ministre de l’Agriculture, M. Dorcin, l’ACI ne constitue pas une technique, mais une démarche intégrée pour concevoir une agriculture prenant en compte les paramètres du climat. « Cela exige un engagement fort de la part des décideurs publics ou privés, y compris les agriculteurs et les scientifiques », a-t-il recommandé, avant de féliciter Le Montcel qui a compris la nécessité de s’inscrire dans cette démarche.
Par ailleurs, l’agronome a pointé les responsables du crédit bancaire en Haïti qui, selon lui, devraient allouer beaucoup plus de fonds au secteur agricole. « C’est l’argent qui crée la richesse », laisse-t-il entendre. Nous avons au moins 300 000 hectares de terres en friche en Haïti, nous pouvons donc commencer par les cultiver, tout en privilégiant l’agro écologie qui limite la pression sur les ressources naturelles et réduit les émissions de GES.
L’agronome plaide ainsi pour un mode d’adaptation agricole du pays qui tient compte des terres montagneuses et celles des plaines.

Cultures hydroponiques, méthodes innovatrices pour un meilleur indice de productivité
Le PDG de Balponics, Bernard Balmir, l’un des conférenciers a présenté cinq méthodes innovantes utilisées au niveau de son entreprise, basées sur une culture hydroponique. Il est en train d’expérimenter, suivant ses dires, une démonstration d’un chimiste, datant de 1648, prouvant que la croissance d’une plante dépend généralement de l’eau et non de la terre.
« La première méthode est une méthode simple que nous avons l’habitude d’utiliser chez nous, elle consiste tout simplement à plonger complètement la racine de la plante dans l’eau », a-t-il avancé. La deuxième est la méthode maquillage ou DWC. La racine est semi-immergée dans une solution nutritive oxygénée tout en gardant 90 % de l’eau utilisée.
La méthode «EBB and flow » est la troisième consistant à placer les plantes dans une sorte de lit inerte avec la racine non complètement immergée. La quatrième méthode, « drip », a été développée en Israël pour la gestion de l’eau, elle est aussi utilisée dans les cultures traditionnelles. Et la dernière méthode, dite aqua chronique, est, selon Bernard Balmir, une excellente méthode qui permet de réaliser deux productions, à savoir nourrir des poissons et alimenter les plantes.
Le développement des PME dans le secteur agricole
L’ex-directeur général du ministère du Commerce et de l’Industrie (MCI), Daniel Denis, pour sa part, a centré son intervention sur l’entrepreneuriat agricole. Pour lui, il y a diverses raisons qui peuvent inciter quelqu’un à entreprendre. Toutefois, deux recommandations sine qua non à toute personne ou agriculteur voulant créer une entreprise : savoir s’entourer des gens qui sont dans le domaine et innover.
« Entreprendre c’est avoir avant tout un plan d’actions, faire une étude de marché et consulter les pionniers du domaine », a fait valoir M. Denis, tout en n’écartant pas les aspects légaux. Par ailleurs, il incombe aux entrepreneurs agricoles de savoir s’identifier et connaitre ces qualités, a précisé l’ancien directeur général du MCI. Il définit l’entrepreneur comme quelqu’un étant en quête de réaliser son rêve tout en cherchant toujours comment apporter des solutions.
Selon lui, un entrepreneur se laisse animer par la passion et s’investit à fond dans ce qu’il entreprend. « Il y a beaucoup d’éléments qui peuvent pousser quelqu’un à entreprendre, mais, dans la réalité, entreprendre c’est travailler dur et fort », a prévenu Daniel Denis.

Quel modèle de développement pour Le Montcel ?
Sur le plan agricole, Le Montcel pratique une culture traditionnelle. Des lacs, plus de quatre, ont été construits pour avoir une possibilité d’irrigation sur toute l’année. Les responsables du Ranch y ont établi des serres afin d’assurer une meilleure productivité et des cultures de qualité.
Les agronomes à Le Montcel utilisent des techniques culturales performantes qui tiennent compte de la protection de l’environnement, a assuré l’agronome Prince Woody G. Saint-Olympe. « Le Montcel est un site agritouristique qui s’étend sur 13 hectares de terre. L’agriculture et le tourisme sont les deux piliers du Ranch ».
Ce centre écologique, créé par Philipe Villedrouin, était jadis un terrain vague converti plus tard en »Le Montcel. Animé toujours par cette même passion de protection de l’environnement, la promotion de la production nationale et la prospérité économique pour la zone de Belot, Philippe s’est lancé dans de nombreux autres projets comme celui de Ticadaie, un projet transformant la poudre de charbon en briquettes.
L’objectif de ce projet était de réduire drastiquement la coupe non contrôlée des arbres. Son rêve était de porter son grain de sable pour réussir ce grand défi. C’est à ce titre qu’il s’est impliqué dans la communauté en aidant à développer les projets de lacs collinaires au bénéfice de la population et partager de bonnes pratiques pour une agriculture à la fois plus diversifiée et rentables.
Selon Stéphanie Balmir Villedrouin, Philippe était un innovateur, un créatif, toujours à l’afflux d’idées nouvelles, un ami de la nature, un grand supporteur de la production locale, un patriote et un employeur.

Kattia Jean François