Haïti fait partie des pays dont le taux de déchets par habitant est le plus élevé. Cependant, en matière de recyclage, le pays se situe jusqu’en bas de l’échelle mondiale avec un taux de 5%. En considérant la surexploitation des ressources naturelles, la pollution, le changement climatique pour ne citer que ceux-là, pratiquer la politique du recyclage serait en tout point bénéfique pour le pays, selon l’avis de M. Joaneson Lacour, directeur exécutif du projet PROPUBLIC SAM.
Chaque année, 2 milliards de tonnes de déchets solides sont générés à travers le monde. Au niveau personnel, c’est à peu près 6 000 millions de tonnes qui sont recyclés. Grâce à ce processus, les émissions de gaz à effet de serre ont été considérablement réduites. En plus, le recyclage arrive à soustraire deux milliards de tonnes équivalent CO2, de toutes les catégories de déchets par année, a informé Joaneson Lacour, docteur en chimie de l’environnement.
Le directeur exécutif de la société PROPUBLIC SAM, lors de sa présentation à la 13e édition du Sommet international de la finance, qui a eu lieu le 17, 18 et 19 avril 2023, a fait mention des nombreux avantages environnementaux, sociaux-économiques et financiers qui résident dans la pratique du recyclage des déchets. « Cela permet de réduire la quantité de déchets qu’on allait mettre dans les décharges, réduire la consommation des matières premières, la consommation d’eau, réduire la pollution de l’eau, de l’air, des sols et créer des emplois », a expliqué Joaneson Lacour.
En Haïti, 80% des déchets sont recyclables et compostables. Pour l’expert en environnement, c’est vraiment dommage qu’un tel secteur qui peut être un secteur d’activité dynamique pour le pays soit à ce point négligé. « C’est un secteur potentiellement important mais assez négligé. Par exemple, chaque année, la ville du Cap-Haïtien génère à elle seule dix mille tonnes de plastiques potentiellement recyclables. En termes de chiffres, cela représente un million et deux cent mille dollars pour le plastique seulement », a-t-il dit.
Le compostage qui est une forme de recyclage des déchets organiques, dont le processus consiste à transformer des restes de nourriture, des feuilles et des résidus de jardin en un amendement organique riche en nutriments, n’est pas moins rentable. En effet, une étude de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) en 2014 a révélé que le potentiel de production de composte en Haïti est à peu près 1.2 millions de tonnes par année qu’on pourrait produire à partir des déchets organiques. Ce chiffre équivaut à 600 millions de dollars américains qu’on aurait pu générer à partir du compostage, a signalé Joaneson Lacour.
Pour l’enseignant-chercheur qui se donne pour mission de promouvoir le recyclage des déchets, il convient de se tourner vers l’économie circulaire en termes de politique publique en Haïti. « Actuellement, les politiques mondiales en matière du recyclage s’orientent vers le développement du concept de l’économie circulaire. C’est l’économie qui permet le développement du recyclage et il faut aller vers ce modèle d’économie. Voir comment on pourrait opérationnaliser l’économie circulaire comme politique publique en Haïti », a fait savoir M. Lacour.
Le directeur exécutif du projet PROPUBLIC SAM en a profité pour soumettre quelques propositions en faveur de l’économie circulaire comme mettre en place des stratégies en termes de politique publique pour favoriser le développement de ces modèles économiques, impliquer les acteurs de tous horizons (locaux, la société civile, le secteur privé, les autorités du gouvernement) dans la construction de l’économie circulaire en Haïti, renforcer les filière du recyclage pour les matériaux régénérés et promouvoir l’économie de fonctionnement, l’économie de partage et l’écologie industrielle.
Francesca Mintor