La deuxième ville du pays, Cap-Haïtien compte environ 700 000 habitants pour ses 53,5 km2. À l’instar de beaucoup d’autres villes du pays, Cap-Haïtien fait face à une urbanisation non maîtrisée découlant d’une forte pression démographique à la base de l’insalubrité visible un peu partout à travers la commune.
Du centre-ville historique, où se trouvent encore des bâtiments ayant conservé l’architecture coloniale, en passant par les sections communales, les tas d’immondices omniprésents servent d’adresse aux riverains. Une situation qui non seulement a des conséquences sur la santé de la population, mais aussi sur l’environnement de cette commune. Depuis près de vingt ans, la gestion des déchets est au cœur des préoccupations. Des citoyens concernés ne s’expliquent pas pourquoi les deux principales artères de la ville débordent toujours d’immondices.

Pour l’agronome Gertha Joseph, il serait non seulement important qu’il y ait « un site de décharge dans chaque grande ville », mais aussi les autorités doivent surtout penser à mener une campagne de sensibilisation permanente auprès de la population.
Ériger des poubelles dans des différents points stratégiques de la ville, et ensuite engager des brigadiers pour traquer ceux et celles qui balancent des ordures n’importe où dans la ville, sont parmi les idées émises par certains citoyens lors des débats sur la gestion des déchets dans la ville.
« Au niveau de la Mairie du Cap, il n’y a pas un plan de gestion des ordures, on ne fait que déplacer les déchets qui s’étalent dans les rues », admet le maire adjoint Esaïe Lefranc. « Nous faisons face à un manque de matériels », justifie Jean Denis Joseph, responsable du service de la voirie à la Mairie du Cap-Haitien, en réaction à l’insalubrité toujours visible et néfaste pour l’environnement et la santé des Capois.
La Mairie ne dispose pour l’instant que de deux compressifs pour collecter tous les déchets générés par les ménages, à en croire le principal responsable de gestion des déchets dans la commune.
Ecoutez le reportage de Nelson Deshommes sur la mauvaise gestion des déchets dans la ville du Cap-Haïtien
Le commerce Municipal des déchets
Au sein de la commune, un autre phénomène se développe en rapport à la gestion des déchets. Il s’agit de la vente des déchets aux habitants de Fort ST Michel afin de remblayer le marais pour y construire des logements de fortune.
La relation entre la population des zones de décharges et les chauffeurs s’apparente à une lune de miel qui dure depuis toujours. Marie, une mère de six enfants rencontrée à la rue Gabard, les yeux rivés sur la route qu’empruntent les chauffeurs qui viennent entreposer des déchets dans la zone, attend patiemment l’arrivée des matériaux.
Parfois, il faut se lever tôt et prendre rendez-vous pour obtenir un camion de déchets. « Les camions à ordures ménagères se vendent entre 100 gourdes et jusqu’à cinq cents gourdes le camion », confie Marie.
Au fil des ans, les mangroves ont presque disparu dans cette localité. On y trouve actuellement des maisonnettes de fortune logeant le flux de population venu des autres communes du département du Nord.
Cette situation qui affecte l’image de la ville préoccupe grandement le maire assesseur Patrick Almonor. Ce dernier affirme que les déchets sont aussi une source d’opportunités. En ce sens, il se propose d’inciter la création d’une trentaine d’entreprises de collecte pour faciliter la gestion des déchets dans la commune.

Création du site de transformation des déchets
Un terrain d’une superficie de 40 hectares sur l’habitation de Mouchinette, 3ème section communale de Roucou, commune de Limonade, a été retenu pour la construction d’un centre de gestion des déchets solides, et a donc été déclaré d’utilité publique par arrêté présidentiel en date du vendredi 5 juin 2020. Cependant, la reprise des travaux se fait encore attendre.
« La BID dispose d’une enveloppe de $ 33,5 millions US pour améliorer la gestion des déchets solides dans le département du Nord », a fait savoir le maire adjoint, Ésaïe Lefranc, annonçant la reprise des travaux pour le mois de décembre 2020.
« L’objectif de ce programme est de transformer les conditions de vie des habitants des communes de Cap-Haïtien, Limonade et Quartier Morin. Ce financement améliorera la gestion et la création d´infrastructures de traitement et d’élimination finale des déchets solides », souligne un communiqué de la BID.
Nelson Deshommes