Haïti gagne une nouvelle voix sur la scène internationale du climat. Kindy Vereus Montreuil vient d’être sélectionné pour intégrer la prestigieuse School of Climate Change de l’université d’Oxford. Pour ce jeune agronome et leader climatique, cette reconnaissance n’est ni un aboutissement ni une fin en soi : elle s’inscrit dans un parcours long, jalonné d’actions concrètes, de persévérance et d’engagement communautaire.
« Oxford n’est pas seulement une formation, c’est un outil stratégique pour défendre mon pays, traduire la science en politiques publiques et bâtir des projets solides pour les communautés », explique M. Montreuil. Cette sélection souligne la cohérence d’un chemin construit pierre par pierre, de ses premiers pas sur le terrain aux tribunes internationales.
Agronome de formation, l’activiste climatique a très tôt compris que la lutte contre le changement climatique en Haïti dépasse la simple pratique agricole. « Ce qui m’a poussé à choisir ce métier, c’est ma conviction profonde de contribuer à la transformation positive de mon pays et de servir ma communauté », confie-t-il. Ses premières missions dans le Sud, notamment à Cavaillon, Les Cayes, Saint-Jean-du-Sud et Grand-Goâve, lui ouvrent les yeux sur les impacts concrets du dérèglement climatique.
Un moment clé marque son engagement. Après une inondation, il rencontre une femme qui a perdu presque tout. « Nous avons besoin de personnes qui nous comprennent, pas de personnes qui parlent à notre place », lui dit-elle. « Ce jour-là, j’ai compris que mon travail ne serait pas seulement sur des documents ou des stratégies ; il serait sur la vie réelle et sur ma capacité à apporter des solutions fondées sur la science et l’innovation », avance M. Montreuil.
Dans les villages ruraux, l’ingénieur agronome constate les effets directs de la sécheresse, de pluies irrégulières et de maladies sur les récoltes. « Même de petits changements dans les saisons bouleversaient complètement la production. Nous suivions les données, et elles montraient clairement : le changement climatique n’est pas une théorie, il affecte la nourriture, le revenu et la vie quotidienne, souligne-t-il. Ces observations le poussent à intégrer la résilience climatique, l’économie de l’eau et les innovations techniques dans tous ses projets.
De la communauté à la diplomatie : relier terrain et décision
Mais l’action de l’activiste ne se limite pas aux champs. Très vite, il comprend que les solutions nécessitent de connecter science et politique, et que la voix des communautés doit porter dans les espaces de décision. « Mon travail ne pouvait rester dans le champ ; il devait atteindre la table des négociations, la diplomatie et les espaces internationaux », confie-t-il.
Face aux obstacles comme le manque de formation spécialisée, la rareté des données locales et les ressources limitées, chacun devient une opportunité. « Chaque défi est devenu une occasion de grandir, de créer des réseaux et de bâtir un leadership basé sur l’adaptabilité et la créativité », explique-t-il.
Sur le terrain et à travers ses initiatives comme CITE, l’agronome montre que le leadership climatique se construit autant avec des outils scientifiques qu’avec la mobilisation des communautés. Ses actions concrètes incluent : l’amélioration des pratiques agricoles résilientes ; la restauration de mangroves pour protéger les côtes ;
la réduction de la vulnérabilité des populations face aux catastrophes ; la formation de plus d’une centaine de jeunes Haïtiens, capables de représenter leur pays dans des forums internationaux.
« La résilience n’est pas un concept technique, c’est une capacité humaine », rappelle-t-il, évoquant les femmes et jeunes qui reconstruisent leurs vies après chaque catastrophe.
Oxford apparaît comme une suite logique dans ce parcours. L’institution offre à l’activiste climatique une connaissance approfondie du Net Zéro, de la responsabilité carbone et des politiques climatiques, ainsi qu’un accès à des réseaux internationaux de chercheurs, décideurs et leaders. « Je vois cette opportunité comme une reconnaissance, mais surtout comme un encouragement à continuer à porter Haïti dans les espaces où l’avenir mondial se discute », explique-t-il.
Malgré les difficultés rencontrées telles que l’accès limité à la formation, les faibles ressources financières, le manque de reconnaissance de la jeunesse dans les décisions, il a su transformer ces contraintes en forces. « Chaque défi m’a poussé à créer des espaces pour que les jeunes trouvent ce que je n’avais pas eu : formation, réseau, vision mondiale », indique-t-il,
Aujourd’hui, Kindy Vereus Montreuil définit son rôle comme un pont entre science, communautés et espaces décisionnels. Il représente les populations vulnérables, plaide pour la résilience et l’inclusion, et veille à ce que les solutions ne restent pas théoriques.
Sa vision pour Haïti est claire : un pays capable de prendre le contrôle de son avenir climatique. Les villes et pratiques agricoles deviennent résilientes, les jeunes participent activement, et les décisions sont alignées sur la science et le développement durable. « L’avenir d’Haïti n’est pas écrit. C’est nous qui allons l’écrire », affirme l’agronome.
Pour la jeunesse haïtienne, son message est simple et inspirant : « N’attendez pas que le système soit prêt, préparez-le. « La connaissance, l’engagement et la solidarité sont nos plus grandes armes. »
Esther Kimberly BAZILE
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