Climat

El Niño, pluies et sécheresse : décryptage de la méteo en Haiti

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Alors qu’Haïti se trouve en pleine saison cyclonique, plusieurs régions du pays, particulièrement sur la côte Sud, continuent de faire face à un déficit important de précipitations. Pour le météorologue Rudy Victor, invité de l’émission Haiti Climat, le 10 septembre 2026, cette sécheresse n’est pas une surprise : les prévisions avaient permis de l’anticiper plusieurs mois a l’avance.

Le constat est posé sans ambiguïté. Les prévisions pour la côte Sud ne sont pas bonnes. « Les prévisions ne sont pas bonnes pour la pluviométrie », avertit Rudy Victor. La situation pourrait rester difficile au cours des prochaines semaines et des prochains mois ; une perspective particulièrement préoccupante pour l’agriculture, l’élevage et l’accès à l’eau des communautés déjà fragilisées.

Pour comprendre la situation actuelle, il faut se tourner vers le phénomène El Niño. Selon le météorologue, phénomène climatique naturel, lié aux interactions entre l’océan et l’atmosphère dans le Pacifique, influence les régimes de précipitations dans les Caraïbes. « El Niño est l’un des principaux facteurs qui peuvent amener la sécheresse en Haïti », précise Rudy Victor. Mais il n’agit pas seul. La température de l’Atlantique, la position des systèmes atmosphériques, les vents, l’humidité disponible et la stabilité de l’atmosphère jouent également un rôle. « Il y a beaucoup d’autres facteurs qui influencent », insiste-t-il, mettant en garde contre toute explication trop simpliste.

La côte Sud figure parmi les régions les plus affectées. Les conditions atmosphériques actuelles sont moins favorables au développement de systèmes capables d’apporter des précipitations importantes dans cette zone. À cela s’ajoute la réalité des microclimats haïtiens le relief peut produire des effets très différents selon les régions. « Haïti possède plusieurs microclimats », rappelle le météorologue. Une même situation atmosphérique peut provoquer de fortes pluies et des inondations dans certaines zones, et laisser d’autres dans la sécheresse.

Une pluie ne suffit pas à effacer plusieurs mois de déficit

L’arrivée éventuelle d’un système tropical ne changerait pas fondamentalement la donne. À la question de savoir si le passage d’un système tropical peut mettre fin à plusieurs mois de déficit pluviométrique, Rudy Victor répond sans ambiguïté : « Définitivement non. » Les sols, les sources, les rivières et la végétation ont besoin de quantités importantes d’eau pour se reconstituer. « Si je suis un soleil, deux, trois centimètres de pluie, c’est difficile » de sortir d’une situation de sécheresse prolongée. Quelques épisodes pluvieux peuvent améliorer temporairement la situation mais les zones déjà fortement affectées peuvent continuer à connaître des difficultés même après des épisodes de pluie.

Le météorologue tient à distinguer les deux phénomènes. « On parle de deux choses différentes. » El Niño est un phénomène naturel qui existe depuis très longtemps et qui résulte des interactions entre l’océan et l’atmosphère. Le changement climatique actuel, lui, est fortement lié à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre résultant des activités humaines. Ces deux phénomènes peuvent néanmoins influencer le système climatique et produire des conséquences importantes pour les populations. Aussi, pour lui, il faut être prudent quant a l’impact du changement climatique sur les effets d’El Niño, des études existent, mais certaines hypothèses nécessitent encore davantage de données.

Face aux sécheresses, aux fortes pluies et aux cyclones, Rudy Victor estime que la résilience doit commencer par l’éducation. « Il faut éduquer, mais ça doit commencer à la base. » La population doit pouvoir comprendre les phénomènes météorologiques et les informations fournies par les prévisions. Mais l’éducation ne suffit pas ; les autorités doivent intégrer davantage les prévisions à moyen et long terme dans les décisions publiques, notamment dans le secteur agricole. « Il y a un tas de choses qui pourraient être mises en place et étudiées pour qu’on ait une mesure courante pour limiter la casse », souligne-t-il.

Alors que certaines communautés du Sud parcourent déjà de longues distances pour trouver de l’eau, la sécheresse rappelle que les risques climatiques ne se limitent pas aux cyclones. « Le mieux, c’est de se préparer, d’anticiper les événements pour limiter les problèmes », conclut Rudy Victor. Une conviction simple et une urgence que les prévisions rendent de plus en plus difficile à ignorer.


Esther kimberly BAZILE

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