Développment Durable

Développement durable : des jeunes Haïtiens appellent à passer des engagements aux actions concrètes

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De retour du Forum politique de haut niveau sur le développement durable des Nations Unies, trois jeunes leaders haïtiens plaident pour une participation accrue de la jeunesse, un meilleur accès au financement et des mécanismes permettant de transformer les idées en actions concrètes.

« Haïti ne doit pas se présenter seulement comme un pays qui a des problèmes, mais comme un pays qui a des gens surtout des jeunes capables de proposer des solutions », C’est le message central rapporté par Same Cadet, linguiste et activiste environnemental, Ford Metellus, spécialiste en thérapie cellulaire et fondateur d’une organisation de jeunes dans le département du Sud, et Adelin Pierre, spécialiste en changement climatique, invités de l’émission Haïti Climat le 27 août 2026 au retour de leur participation au forum onusien.

Pour ces trois jeunes leaders, l’expérience internationale a surtout permis de constater que les difficultés auxquelles fait face Haïti ne sont pas isolées. La différence réside dans la capacité des États à créer des mécanismes permettant d’y répondre. « En Haïti, les jeunes ont beaucoup d’idées, mais les systèmes ou les mécanismes de mise en œuvre ne sont pas suffisamment développés pour leur permettre de passer de l’idée au projet », explique Same Cadet. Ce n’est pas un manque de compétence, c’est un déficit de structures d’accompagnement et de financement.

Financement, données et place dans les décisions
L’accès au financement constitue l’une des principales préoccupations soulevées. Pour Ford Metellus, le modèle de financement utilisé dans des pays plus stables ne peut pas être simplement reproduit en Haïti. « Le modèle de financement utilisé pour mettre en œuvre les ODD doit tenir compte de notre réalité », indique-t-il. L’enjeu est de permettre aux organisations locales, qui disposent de compétences et d’une connaissance du terrain, d’accéder plus directement aux ressources nécessaires à leurs projets.

Les participants ont également souligné l’importance des données. « Les collections et les systèmes de données sont aujourd’hui l’une des plus grandes ressources dont Haïti a besoin ». L’absence de données fiables limite la capacité du pays à faire valoir ses besoins dans les espaces internationaux et à mesurer les progrès réalisés dans l’atteinte des ODD.

La participation des jeunes aux processus de décision constitue un autre enjeu central. « Nous voulons un espace de décision qui apporte un impact sur notre vie, puisque nous sommes plus de 50 % de la population haïtienne », estime M. Cadet. L’exemple de la Colombie, qui a développé un plan national sur la jeunesse, la paix et la sécurité impliquant organisations de jeunes, institutions publiques et agences onusiennes, a retenu leur attention comme modèle de coordination possible.

La question de l’eau a également occupé une place importante, notamment autour de l’ODD 6. Pour Adelin Pierre, les enjeux liés à l’eau dépassent l’accès aux services essentiels, ils ont des implications diplomatiques et sécuritaires. Les tensions liées au partage des ressources hydriques entre Haïti et la République dominicaine ont été évoquées. « Tout le monde a droit à la ressource. Les deux pays doivent trouver les moyens d’avancer sur ces conflits pour que chacun puisse avoir accès à l’eau », estime-t-il.

Par ailleurs, dans le but de permettre à d’autres jeunes de bénéficier de ces expériences, les trois jeunes ont lancé une initiative qui permettra à 20 jeunes haïtiens en Haiti et de la diaspora de suivre une formation sur la biodiversité et la gouvernance environnementale internationale et 6 d’entre eux participeront à la COP17 de la Convention sur la diversité biologique (CDB) à Erevan en Arménie.

Pour ces jeunes leaders, le développement durable en Haïti passera moins par la multiplication des engagements que par la capacité à financer les initiatives locales, produire de meilleures données et donner aux jeunes une véritable place dans les décisions. Ford Metellus le résume simplement : « Le développement durable, c’est bâtir aujourd’hui sans détruire ce qu’on aura besoin d’avoir demain ».


Esther Kimberly BAZILE

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