La 11e édition du Jeudi des territoires s’est tenue le jeudi 27 août 2026, à la salle d’urgence de la Direction générale de la Protection civile, dans la commune de Tabarre.
L’événement, organisé par le Comité interministériel d’aménagement du territoire (CIAT), en collaboration avec la Direction générale de la Protection civile (DGPC), autour du thème central « Comment le suivi de la gestion des risques et des désastres naturels peut-il contribuer au développement et à l’aménagement territorial ? », a réuni des acteurs clés dans les domaines de la gouvernance territoriale, de la prévention et de la gestion des risques, de l’hydrométéorologie, de la planification territoriale, des systèmes d’alerte précoce, de la résilience territoriale, de l’aménagement du territoire, du financement de l’anticipation et de l’investissement public.
Il est précisément 11 heures du matin. La salle de crise de la DGPC, à Clercine, est déjà remplie de personnalités de tous rangs et grades. Parmi les figures présentes, on retrouve le ministre des Travaux publics, Transports et Communications, l’ingénieure Almathe Pierre-Louis, le directeur général de la Protection civile, Emmanuel Pierre, la secrétaire exécutive du CIAT, Marie-Christine Stephenson, la mairesse de Tabarre, Gémima Lovelace, ainsi que les panélistes, dont Marie-Johanne Sophia Ulysse, coordonnatrice de l’Unité technique de sismologie au Bureau des Mines et de l’Énergie, et Marcelin Esterlin, coordonnateur de l’UHM, ainsi que des cadres et des employés de la Protection civile, entre autres.
La cérémonie démarre officiellement avec l’exécution de La Dessalinienne, suivie d’une minute de silence observée en mémoire des victimes de la récente tuerie de Kenscoff.
Place au discours des officiels. En premier lieu, c’est au tour du ministre des Travaux publics, Transports et Communications, l’ingénieure Almathe Pierre-Louis, de prendre la parole. Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité de placer la gestion des risques et des désastres au cœur des politiques d’aménagement du territoire et du développement durable. Selon lui, les travaux réalisés sur les infrastructures contribuent directement à la protection des populations et au maintien des activités économiques. « Curé un canal, rectifier le lit d’une rivière, dégager un pont ou entretenir un système de gabions, ce n’est pas seulement exécuter des travaux. C’est protéger des vies, préserver des logements, maintenir les routes ouvertes et soutenir l’activité économique », a-t-il expliqué.
Le ministre a également présenté la situation des communes exposées aux risques durant la saison cyclonique 2026. La cartographie fait apparaître 25 communes placées en niveau d’alerte rouge, réparties dans neuf départements géographiques. Face à cette réalité, le MTPTC intervient selon les niveaux d’urgence observés afin de réduire l’exposition des populations et de préserver les infrastructures essentielles. Évoquant les effets cumulés des phénomènes météorologiques associés aux tempêtes Matthew et Melissa, l’ingénieur Almathe Pierre-Louis a rappelé la vulnérabilité des infrastructures critiques, notamment dans la péninsule Sud, les plaines inondables et les grands centres urbains. Pour lui, la réponse aux catastrophes ne doit pas se limiter à la réparation des dégâts, mais doit intégrer la prévention, l’entretien des infrastructures, l’anticipation et une meilleure prise en compte des risques dans l’aménagement du territoire.
Place ensuite au directeur général de la Direction générale de la Protection civile (DGPC), Emmanuel Pierre, qui est intervenu autour du thème « Gouvernance territoriale et gestion des risques ». Il a souligné les défis auxquels Haïti est confrontée face aux catastrophes et à leurs conséquences sur les populations, les infrastructures et les activités économiques. « Haïti, comme vous le savez, fait face de jour en jour à des catastrophes de tout genre. C’est un défi majeur pour notre développement », a-t-il déclaré. Selon lui, la prévention, le suivi et l’anticipation doivent occuper une place centrale dans l’aménagement du territoire. Il appelle ainsi à renforcer la coordination entre les institutions, les collectivités territoriales et les communautés afin de construire des territoires plus sûrs et résilients.
Emmanuel Pierre a également présenté l’approche préconisée par la Protection civile haïtienne pour passer de l’urgence à une résilience durable. Cette démarche repose sur le renforcement des structures et des capacités locales, avec l’implication de plusieurs secteurs, notamment la Police, la justice, les services de secours et d’incendie, la santé publique, les travaux publics, l’environnement, l’agriculture et l’aménagement du territoire. Pour la DGPC, la gestion des risques doit s’inscrire dans un processus continu intégrant la prévention, la protection, la mitigation, la réponse et la réhabilitation. L’objectif est de faire de la gouvernance territoriale et de la gestion des risques des éléments essentiels de la planification du développement en Haïti.
Pour la mairesse de Tabarre, Gémima Lovelace, la gestion des risques et des désastres naturels ne doit plus être considérée comme une simple intervention d’urgence. Face à la vulnérabilité de plusieurs régions du pays, notamment sa commune, elle estime que les autorités doivent intégrer la prévention et la connaissance des risques dans les décisions liées à l’aménagement du territoire. Selon elle, une meilleure connaissance des zones exposées permet de mieux orienter les constructions, de protéger les populations et de réduire les conséquences des catastrophes. « Un territoire bien aménagé est un territoire qui connaît ses vulnérabilités », a déclaré Gémima Lovelace, appelant ainsi à renforcer la planification et les capacités des collectivités territoriales face aux différents risques.
Marcelin Esterlin, coordonnateur de l’Unité hydrométéorologique (UHM), est intervenu autour du thème « Hydrométéorologie, prévision et système d’alerte précoce ». Il a présenté les prévisions de la saison cyclonique 2026, annoncée en dessous de la normale, avec 8 à 14 tempêtes tropicales nommées, 3 à 6 ouragans et 1 à 3 ouragans majeurs. Il a rappelé qu’Haïti reste fortement exposée aux risques cycloniques en raison de sa position géographique, mais aussi de la vulnérabilité de son territoire, de ses infrastructures et de ses populations.
Le coordonnateur de l’UHM a insisté sur l’importance de la prévention, de la prévision et des systèmes d’alerte précoce pour permettre aux populations d’anticiper les phénomènes dangereux. Les vents violents, les fortes pluies et la mer dangereuse peuvent provoquer des inondations, des glissements de terrain, des dégâts aux infrastructures et des pertes économiques.
Marcelin Esterlin a également souligné la nécessité d’intégrer la connaissance des risques dans l’aménagement du territoire. Selon lui, mieux identifier les zones exposées aux cyclones, aux inondations, aux glissements de terrain, aux sécheresses et aux séismes permet de mieux orienter les constructions, de protéger les populations et de renforcer la résilience des communautés face aux catastrophes.
Dr Sophia Ulysse, coordonnatrice de l’Unité technique de sismologie du Bureau des Mines et de l’Énergie (BME), est intervenue autour du thème « Connaissance des aléas naturels, prévention des risques et planification territoriale ». Elle a insisté sur la nécessité de mieux connaître les différents risques auxquels Haïti est exposée, afin d’améliorer la prévention et d’orienter les décisions en matière d’aménagement du territoire. Selon elle, Haïti fait face à plusieurs types d’aléas naturels, ce qui exige une gestion rationnelle des risques, une bonne évaluation des niveaux de danger et une identification précise des zones vulnérables.
Pour illustrer l’importance de la vulnérabilité territoriale, la Dr Sophia Ulysse a comparé les séismes survenus en Haïti et au Chili en 2010. Alors que le séisme d’Haïti avait une magnitude de 7,0 Mw, contre 8,8 Mw au Chili, les conséquences humaines ont été beaucoup plus lourdes en Haïti. Cette différence s’explique notamment par le niveau de vulnérabilité du territoire, la qualité des constructions, la préparation des populations et les capacités de réponse. Elle a ainsi rappelé que l’intensité d’un phénomène ne suffit pas à déterminer l’ampleur d’une catastrophe.
La spécialiste a enfin appelé à renforcer l’information et la sensibilisation des populations sur les risques naturels. Elle recommande notamment d’éviter les constructions dans les zones fortement exposées, particulièrement les zones rouges, et de privilégier les secteurs où les niveaux d’aléa sont plus faibles. Pour la Dr Sophia Ulysse, la connaissance des aléas doit donc guider directement la planification territoriale afin de réduire la vulnérabilité, protéger les populations et limiter les pertes humaines et matérielles.
Jean Rony Poito PETIT FRERE
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