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À la COP17, Haïti plaide pour le financement de la restauration des terres et le renforcement de sa résilience face à la sécheresse

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Haïti participe à la 17ᵉ Conférence des Parties (COP17) de la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (UNCCD), qui se tient du 17 au 28 août 2026 à Oulan-Bator, en Mongolie, sous le thème « Restoring Land. Restoring Hope ». L’événement réunit 197 Parties, des chefs d’État, des ministres, des scientifiques, des jeunes, des représentants des peuples autochtones ainsi que des acteurs de la société civile autour d’un objectif commun : trouver des solutions à la désertification, à la dégradation des terres et à la sécheresse.

La COP17 vise notamment à renforcer la résilience face à la sécheresse et la gestion durable des terres, à mobiliser des financements pour restaurer les sols et les écosystèmes, et à mettre en avant les pâturages et les communautés pastorales dans le cadre de l’Année internationale des parcours et des pasteurs (2026). La conférence entend également favoriser l’innovation et les solutions technologiques dans la gestion des terres et de l’eau, tout en renforçant le lien entre la science et les politiques publiques afin de transformer les engagements en actions concrètes.

Les priorités d’Haïti : terres, eau et sécurité alimentaire
Selon l’un des représentants d’Haïti à cette rencontre internationale, Yves B. Remarais, « pour Haïti, la COP17 n’est pas seulement une conférence environnementale. La dégradation des terres touche directement l’agriculture, la sécurité alimentaire, les bassins versants, l’eau et les moyens de subsistance. La participation de la délégation haïtienne vise donc à faire reconnaître que la restauration des terres est une question de développement et de résilience nationale. C’est d’autant plus important que les ressources nationales ne suffisent pas à répondre à l’ampleur des besoins. Cette participation est également stratégique pour réitérer l’engagement d’Haïti envers la Convention et mobiliser des partenaires techniques et financiers ».

Aussi, les interventions de la délégation font ressortir trois priorités concrètes : renforcer la coordination institutionnelle entre les acteurs concernés par la restauration des terres ; développer les compétences techniques nationales, notamment en matière de cartographie des terres dégradées, d’agroforesterie, de réhabilitation des bassins versants et de suivi des impacts ; et constituer un portefeuille de projets et d’investissements suffisamment préparés pour attirer des financements internationaux.

L’enjeu transversal est de relier la restauration des terres à la sécurité alimentaire, à la résilience des communautés et à la protection des ressources naturelles. Pour la délégation, restaurer les terres revient aussi à restaurer les moyens de subsistance. En ce sens, pour M. Remarais, « Haïti se présente comme un pays déterminé à agir, mais qui a besoin de capacités et de moyens supplémentaires ». Sa position est donc à la fois engagée en faveur de l’action nationale et insistante sur la nécessité d’un soutien international.

Concernant l’eau, l’approche défendue par Haïti doit être envisagée à l’échelle des bassins versants. La restauration des sols, l’agroforesterie et la réhabilitation des bassins versants sont étroitement liées à la disponibilité et à la qualité de l’eau. Le programme officiel de la COP17 fait d’ailleurs de l’eau une thématique majeure, parallèlement aux terres, à la sécheresse et aux systèmes alimentaires.

Haïti entend également poursuivre plusieurs objectifs opérationnels : améliorer la connaissance et la cartographie des terres dégradées, renforcer l’agroforesterie, réhabiliter les bassins versants, réduire l’insécurité alimentaire, renforcer les institutions et les compétences nationales, transformer les besoins identifiés en projets susceptibles d’être financés et mobiliser des financements internationaux plus équitables pour la restauration des terres.

Pour Remarais, « cela s’inscrit dans la continuité du cadre national de mise en œuvre de la Convention. Haïti identifie depuis plusieurs années le financement comme un obstacle majeur à la réalisation de ses objectifs de restauration ».

Financements et renforcement des capacités au cœur des attentes
Les décisions de la COP17 pourraient avoir des conséquences directes pour Haïti, même si les négociations sont encore en cours. Trois dossiers sont particulièrement importants : le financement, le renforcement des capacités et la mise en œuvre du cadre stratégique 2018-2028/2030.

La COP17 cherche précisément à faire entrer la restauration des terres et la résilience à la sécheresse dans les priorités des banques multilatérales, des institutions de financement du développement et des investisseurs. Haïti participe également aux discussions du Comité chargé de l’examen de la mise en œuvre de la Convention, notamment sur le renforcement des capacités nationales. La COP17 examine par ailleurs la mise en œuvre de la Convention ainsi que les recommandations scientifiques et techniques qui l’accompagnent. Les décisions adoptées pourraient donc influencer les priorités et les mécanismes d’appui dont Haïti pourra bénéficier. M. Remarais appelle toutefois à la prudence : « Il faut éviter de présenter comme acquises des mesures qui sont encore en négociation dans les groupes de contact ».

C’est probablement l’un des messages les plus clairs de la délégation : Haïti ne demande pas simplement davantage de financements, mais des mécanismes permettant de transformer ses priorités en investissements réellement réalisables. La délégation souhaite notamment une collaboration renforcée avec les partenaires techniques et financiers, des mécanismes de financement plus équitables, un appui à la préparation de projets suffisamment solides pour attirer les fonds, ainsi qu’un renforcement des capacités nationales pour concevoir, exécuter et suivre ces projets.

Cette revendication intervient dans un contexte mondial marqué par un important déficit de financement. L’UNCCD estime les besoins annuels mondiaux pour atteindre les objectifs de restauration à environ 355 milliards de dollars entre 2025 et 2030, contre environ 77 milliards actuellement investis. Pour Haïti, l’enjeu consiste donc à passer d’une logique de projets ponctuels à une véritable capacité nationale de préparation et de financement de programmes de restauration à l’échelle des paysages
.
Interrogé sur ce que la délégation souhaiterait concrètement ramener en Haïti, Remarais estime qu’il faut notamment s’attendre à des engagements ou à des pistes de financement clairement identifiées, à des partenariats techniques pour la cartographie, l’agroforesterie, les bassins versants et le suivi des résultats, ainsi qu’à un portefeuille de projets adaptés pouvant être rapidement présenté aux bailleurs. Il souligne également l’importance du renforcement des capacités nationales, afin que la conception et la mise en œuvre des projets ne dépendent pas exclusivement d’une expertise extérieure.

Autrement dit, le succès d’Haïti à cette COP17 ne se mesurera pas uniquement au contenu du texte final. Il dépendra surtout de la capacité de la délégation à transformer les négociations en financements, en expertise, en partenariats et en projets effectivement réalisables sur le terrain. Jusqu’à présent, la délégation haïtienne poursuit activement les négociations en cours.

Esther Kimberly BAZILE

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