La saison cyclonique 2026 devrait suivre, selon l’Unité HydroMétéorologique d’Haïti (UHM), un comportement proche de la normale ou légèrement en dessous de la moyenne climatologique. Haïti reste néanmoins un territoire fortement exposé aux systèmes cycloniques en raison de sa position géographique dans la trajectoire des tempêtes atlantiques. Dans une interview accordée à Haïti Climat, le 25 juin 2026, Marcelin Esterlin, responsable de l’UHM, a rappelé les enjeux majeurs de cette saison et les mécanismes de surveillance en place.

Selon M. Esterlin, la saison cyclonique s’étend officiellement du 1er juin au 30 novembre. « Chaque année, la saison cyclonique commence le 1er juin pour finir le 30 novembre », explique-t-il, tout en soulignant que des exceptions existent lorsque des systèmes se forment en dehors de cette période.
Sur le plan climatique, Marcelin Esterlin rappelle que la météorologie repose sur des probabilités et des modèles statistiques. « La météorologie, c’est une prévision, c’est une vision qu’on fait à l’avance de ce qui va se passer », précise-t-il. Les analyses saisonnières s’appuient sur plusieurs paramètres océaniques et atmosphériques afin d’estimer l’activité cyclonique globale.
La moyenne climatologique de référence est d’environ quatorze systèmes nommés par saison. « La moyenne normale est autour de quatorze systèmes », rappelle le spécialiste. Une saison est dite inférieure à la normale lorsqu’elle enregistre environ 8 à 10 systèmes, et supérieure lorsqu’elle dépasse ce seuil. L’année précédente, environ treize systèmes ont été observés, ce qui correspondait à une activité légèrement proche de la normale.
Les systèmes cycloniques évoluent selon différentes catégories : dépression tropicale, tempête tropicale et ouragan. Ces classifications dépendent principalement de la vitesse des vents. « Tout ce qui est en dépression tropicale, tempête tropicale ou ouragan, c’est le même système, mais la différence se fait dans le vent », explique le représentant de l’UHM. Une dépression tropicale présente des vents inférieurs à 63 km/h, tandis que les tempêtes tropicales peuvent atteindre jusqu’à 119 km/h. Au-delà, le système devient un ouragan pouvant atteindre les catégories 1 à 5, avec des vents dépassant parfois 250 km/h dans les cas extrêmes.
Haïti est particulièrement vulnérable aux impacts de ces phénomènes. Selon l’expert, « Haïti est un pays qui est censé être placé sur toutes les trajectoires cycloniques ». Cette exposition entraîne des risques élevés d’inondations, de glissements de terrain et de dégâts matériels importants, surtout en raison de la fragilité des infrastructures.
L’exemple de l’ouragan Matthew en 2016 reste une référence majeure. Ce système de catégorie 4 avait provoqué des destructions massives et des inondations sévères. Marcelin Sterling rappelle que « les systèmes cycloniques s’accompagnent de gros vents, de fortes pluies et peuvent créer des inondations et des glissements de terrain ».
Face à ces risques, l’UHM et la Direction de la Protection Civile (DPC) utilisent un système d’alerte gradué. La vigilance verte correspond à une situation normale, la jaune indique une menace potentielle dans les 72 heures, l’orange signale un risque accru dans les 24 à 36 heures, et la rouge annonce un danger imminent. « La vigilance rouge signifie que le danger est imminent », précise-t-il. Ces alertes sont désormais appliquées par département afin de mieux cibler les zones à risque. Cette approche permet une meilleure coordination des mesures préventives et des évacuations si nécessaires.
La saison cyclonique 2026 s’annonce comme une période de vigilance continue pour Haïti, même si les prévisions globales indiquent une activité proche ou légèrement inférieure à la normale. Pour les spécialistes de l’UHM, l’enjeu principal ne réside pas uniquement dans le nombre de systèmes attendus, mais dans la capacité du pays à anticiper et à réduire les impacts.
Marcelin Esterlin insiste sur l’importance de la préparation individuelle et institutionnelle. « Ce n’est pas seulement la force du cyclone qui compte, mais aussi notre niveau de préparation », laisse-t-il entendre en substance. Selon lui, les progrès réalisés dans la surveillance et la diffusion des alertes permettent aujourd’hui une meilleure réactivité, mais restent insuffisants face à la vulnérabilité structurelle du pays.
Dans un contexte où les changements climatiques tendent à accentuer l’intensité des phénomènes extrêmes, les experts appellent à renforcer les systèmes d’alerte, la sensibilisation communautaire et les infrastructures de protection civile. Au-delà des prévisions techniques, le véritable défi de la saison cyclonique 2026 demeure le même : transformer l’information météorologique en action concrète pour sauver des vies et limiter les dégâts.
Esther Kimberly BAZILE
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