Quarante ans après la naissance du mouvement écologique haïtien, les voix engagées tirent la sonnette d’alarme : Haïti ne pourra ni retrouver la paix ni se reconstruire sans restaurer son environnement. Face à une crise multidimensionnelle qui fragilise le territoire et les communautés, cette déclaration appelle à une mobilisation nationale immédiate pour faire de l’écologie un pilier de justice, de dignité et de survie collective.
40 ans de combat écologique :
Héritage, Résilience et Vision pour Haïti
La Réserve, Pétion-Ville, 23 mars 2026
Alors que nous, peuple haïtien, émergeâmes d’une longue nuit autoritariste, un groupe de jeunes visionnaires posait, le 23 mars 1986, un acte fondateur qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective haïtienne comme le jour où la conscience écologique du pays a pris une forme institutionnelle. Les pionniers de la Fédération des Amis de la Nature (FAN) ont compris, avec une lucidité prophétique, que la liberté politique nouvellement acquise, pour être durable, devait être accompagnée d’un regard stratégique sur les enjeux environnementaux. La FAN est née de cette conviction simple mais révolutionnaire : on ne peut construire une démocratie durable sur un territoire en ruine. La marche mobilisatrice du 25 avril 1986 lança clairement ce cri de la jeunesse haïtienne pour une Haïti sereine, verte et propre. Le 23 mars de chaque année célèbre toutes les femmes et tous les hommes qui œuvrent au quotidien pour faire de cette vision une réalité.
Ce 23 mars 2026, nous célébrons 40 années de combat des écologistes haïtiens dans un contexte paradoxal. D’un côté, une prise de conscience mondiale accrue des enjeux climatiques et de la biodiversité ; de l’autre côté, une crise nationale sans précédent avec insécurité galopante, violence de gangs armés, effondrement des institutions, rupture territoriale, pauvreté massive, déplacements de populations et une transition politique qui souhaite s’installer en norme de gouvernance. Et dans l’ombre de cette crise, une dégradation environnementale qui s’accélère : déforestation, pression sur les mangroves, érosion côtière, assèchement des rivières, pollution généralisée. Jamais le message des fondateurs de la FAN, n’aura été aussi actuel : l’écologie n’est pas un luxe de pays riche, c’est une condition de survie pour Haïti.
Nous rendons hommage aux pionniers, souvent méconnus, qui ont porté à bout de bras la cause environnementale dans un pays où l’urgence sociale et politique semblait toujours primer. C’est aussi le moment de transmettre cette mémoire aux jeunes générations, pour qu’elles sachent que le combat pour l’état de droit en Haïti passe aussi par celui pour un environnement sain.

Nous proclamons aujourd’hui, haut et fort, une vérité que la majorité des décideurs veulent ignorer encore : la dégradation de notre environnement est l’une des causes profondes de l’insécurité et de l’instabilité qui rongent notre pays. La défense de l’environnement est un combat qui unit et c’est aussi un combat pour la paix, la sécurité, la dignité de chaque Haïtienne et de chaque Haïtien. Nous voulons une Haïti restaurée, où nos bassins versants retiennent l’eau pour alimenter durablement nos sources et nos rivières. Une Haïti qui aura vaincu l’insécurité alimentaire et toutes les formes de violence. Une Haïti gérée avec compétence et loyauté, avec la participation active des communautés locales. Une Haïti où la paix et la sécurité sont fondées sur la justice environnementale et sociale.
Ce 23 mars 2026, nous lançons un signal de rassemblement national. Nous réaffirmons que la défense de l’environnement est un combat commun, qui transcende les divisions politiques, sociales, générationnelles.
Ensemble, faisons d’Haïti un modèle de résilience, de développement durable et de paix retrouvée.
Fédération des Amis de la Nature (FAN)
Laisser un commentaire