Du 27 au 29 janvier 2026, près de 70 cadres issus des principales institutions haïtiennes ont participé à Port-au-Prince à un atelier de formation consacré à l’outil GACMO, un instrument clé pour analyser les options d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. Cette initiative s’inscrit dans les efforts du pays pour consolider son système national de transparence climatique dans le cadre de l’Accord de Paris.

Organisé par le Ministère de l’Environnement, à travers les projets ICAT et CBIT-Haïti, en collaboration avec la Direction des Changements Climatiques (DCC), l’atelier visait à renforcer les capacités techniques des institutions impliquées dans le suivi et la mise en œuvre de la Contribution Déterminée au niveau National (CDN).
Pendant trois jours, les participants ont été formés à l’utilisation du Greenhouse Gas Abatement Cost Model (GACMO), un outil de modélisation permettant d’évaluer les options de réduction des émissions de gaz à effet de serre et d’élaborer des scénarios climatiques cohérents avec les engagements internationaux du pays.

Un chantier clé pour la transparence climatique
Signataire de l’Accord de Paris, Haïti poursuit la mise en place de son Cadre de Transparence Renforcée (CTR), qui vise à améliorer la production, la gestion et la communication des données climatiques.
Si plusieurs inventaires nationaux de gaz à effet de serre ont déjà été réalisés, des défis persistent, notamment en matière de disponibilité, de qualité et de cohérence des données. Le renforcement des compétences techniques apparaît donc comme une priorité pour consolider le système national de mesure, rapportage et vérification (MRV/MNV).
Dans ce contexte, la formation autour de GACMO constitue une étape importante pour doter les cadres nationaux d’outils analytiques capables d’appuyer la planification climatique.
Des objectifs centrés sur la mise en œuvre de la CDN
L’atelier poursuivait plusieurs objectifs stratégiques :
- renforcer la compréhension des obligations internationales liées à la transparence climatique ;
- former les cadres nationaux à l’utilisation opérationnelle de l’outil GACMO ;
- soutenir l’élaboration de scénarios d’atténuation alignés sur la CDN 2.0 d’Haïti, notamment à travers l’analyse des politiques et mesures sectorielles.
La CDN révisée du pays repose en grande partie sur des mesures dites “sans regrets”, c’est-à-dire des actions susceptibles de réduire les émissions tout en contribuant au développement économique et social.
Une mobilisation interinstitutionnelle
L’atelier a réuni 59 participants en présentiel et 10 en ligne, issus de plusieurs institutions publiques et académiques.


Parmi les entités représentées figuraient notamment :
- le Ministère de l’Environnement (MDE)
- le Bureau des Mines et de l’Énergie (BME)
- le Ministère de l’Agriculture (MARNDR)
- le Ministère des Travaux publics (MTPTC)
- l’ANARSE
- la Faculté d’Agronomie et de Médecine Vétérinaire (FAMV)
- ainsi que plusieurs universités et centres de recherche.
Cette participation illustre l’importance d’une approche multisectorielle dans le suivi et la mise en œuvre des engagements climatiques d’Haïti.

De la théorie à la modélisation des scénarios climatiques
Les travaux de l’atelier se sont déroulés sur trois journées structurées.
La première journée a permis de poser les bases conceptuelles, avec des présentations sur les obligations de l’Accord de Paris, les principes de transparence climatique (TACCC) et les exigences liées au Rapport Biennal de Transparence (RBT).
La deuxième journée a été consacrée à la prise en main technique de l’outil GACMO, notamment :
- le paramétrage du modèle,
- l’intégration des données issues des inventaires de gaz à effet de serre,
- l’analyse des options d’atténuation.
Les participants ont notamment travaillé sur les 119 mesures d’atténuation identifiées dans la CDN 2.0, regroupées en 24 catégories sectorielles.
La troisième journée a porté sur la construction de scénarios climatiques, notamment :
- l’élaboration du scénario de référence (Business as Usual – BAU),
- la modélisation des trajectoires de réduction des émissions,
- la préparation des éléments nécessaires au futur Rapport Biennal de Transparence.
Des acquis importants pour la gouvernance climatique
Selon le rapport de l’atelier, cette formation a permis :
- une montée en compétences significative des cadres techniques nationaux ;
- l’élaboration de premiers scénarios d’atténuation ;
- un renforcement de la collaboration entre institutions impliquées dans la gouvernance climatique.
Plusieurs recommandations ont également été formulées, notamment :
- finaliser les inventaires nationaux de gaz à effet de serre pour les périodes 2000–2010 et 2010–2020 ;
- créer une plateforme nationale centralisée de données climatiques ;
- organiser régulièrement des formations de recyclage afin de maintenir les capacités techniques.
Vers un système national de transparence plus opérationnel
En renforçant les capacités techniques des institutions haïtiennes et en favorisant une meilleure coordination intersectorielle, cet atelier marque une étape importante dans l’opérationnalisation du système national de transparence climatique.
Dans un contexte où les exigences internationales en matière de reporting climatique se renforcent, la consolidation de ce système constitue un enjeu stratégique pour Haïti, tant pour le suivi de ses engagements climatiques que pour l’accès aux financements internationaux.
Haïti Climat continuera de suivre les avancées de ce chantier essentiel pour la gouvernance climatique du pays.
Patrick Saint-Pré
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