« Ce qui ne tue pas rend plus fort », dit un adage populaire. Mais dans le domaine médical, cette logique ne s’applique pas toujours. L’exposition répétée à des facteurs de risque, même lorsqu’elle ne provoque pas de symptômes immédiats, peut entraîner des conséquences graves à moyen et long terme. C’est dans ce contexte que l’émission Haiti Climat, diffusée le 18 février 2026, a reçu le Dr Claudy Junior Pierre, qui a tiré la sonnette d’alarme sur les risques liés à la consommation continue d’eau contaminée.

Selon le médecin, l’eau contaminée constitue un véritable problème de santé publique en Haïti, pouvant provoquer aussi bien des maladies infectieuses aiguës que des pathologies chroniques souvent sous-estimées.
Comprendre la notion d’eau contaminée
Au cours de l’émission, le Dr Claudy Junior Pierre a défini l’eau potable comme une eau propre à la consommation, contenant les éléments chimiques nécessaires au bon fonctionnement du corps humain dans des proportions contrôlées. À l’inverse, « une eau contaminée contient des éléments en surplus ou des substances nuisibles à la santé ».
Il a expliqué que la contamination la plus fréquente en Haïti est la contamination fécale, liée à la présence de micro-organismes pathogènes. Toutefois, il existe également une contamination chimique, notamment au plomb, pouvant avoir des effets graves sur la santé à long terme. L’eau potable, a-t-il précisé, doit être contrôlée à l’aide d’instruments spécifiques afin d’assurer le dosage approprié de ses différents composants.
Deux grandes catégories de maladies
L’eau contaminée peut entraîner deux principales catégories de maladies. D’une part, les maladies infectieuses, parmi lesquelles le choléra, la dysenterie et la typhoïde, causées par la contamination fécale. Ces maladies peuvent évoluer rapidement et nécessitent une prise en charge médicale urgente.
D’autre part, les pathologies chroniques liées à une exposition prolongée à certains contaminants chimiques. Le Dr Claudy a mentionné que l’exposition au plomb peut contribuer à l’hypertension artérielle, tandis qu’une consommation répétée d’eau de mauvaise qualité peut participer au développement de l’insuffisance rénale.
Le docteur a mis un accent particulier sur les groupes à risque. Les enfants de moins de cinq ans sont les plus exposés. Le médecin a rappelé que « la diarrhée est la troisième cause de mortalité chez les enfants de moins de cinq ans », soulignant la gravité du problème.
Les personnes âgées, les femmes enceintes et les individus immunodéprimés figurent également parmi les catégories les plus vulnérables. Chez ces groupes, les complications peuvent apparaître plus rapidement et être plus sévères.
Sources de contamination
Le Dr Claudy Junior Pierre a identifié plusieurs points critiques dans le circuit de l’eau :
Des conditions de stockage inadéquates, notamment des variations extrêmes de température ;
La réutilisation de récipients sans nettoyage approprié ;
L’exposition de l’eau à l’air libre, dans des environnements potentiellement pollués.
Selon lui, la contamination ne se limite pas à la source d’approvisionnement, mais peut survenir à différentes étapes, jusqu’au domicile des consommateurs.
Prévention et recommandations
Pour les familles, le médecin recommande l’utilisation de méthodes de décontamination efficaces, telles que les pastilles de traitement de l’eau (Aqua Tab), ainsi que l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène : lavage des contenants avant utilisation et stockage adéquat de l’eau.
Cependant, il insiste sur la nécessité d’une réponse institutionnelle. « La lutte contre l’eau contaminée nécessite une politique publique multisectorielle », a-t-il déclaré, appelant à une collaboration entre le ministère de la Santé et le ministère du Commerce.
Il recommande également de renforcer les mécanismes de contrôle de la qualité de l’eau à tous les niveaux : à la source, au moment du conditionnement et lors de la distribution. Pour le Dr Claudy Junior Pierre, l’eau contaminée demeure un défi majeur pour Haïti. Il souligne que la prévention individuelle est essentielle, mais qu’elle ne suffit pas sans une action coordonnée de l’État.
« L’eau contaminée tue », a-t-il rappelé, insistant sur le fait que ses effets peuvent être progressifs mais tout aussi graves que des maladies aiguës.
Esther Kimberly BAZILE
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